Glyphosate : alerte… aux lanceurs d’alerte !

L’association Générations Futures, une association anti-pesticides, a rendu public au début du mois d’avril une étude dans laquelle elle analyse l’urine de 30 personnes, âgées de 8 à 60 ans, vivant en zone urbaine ou agricole et à l’alimentation variable (biologique ou non, végétarienne ou non). Résultat : des traces de glyphosate détectables dans 100% des échantillons. Et si les conclusions de cette enquête visaient davantage à effrayer qu’à informer le consommateur ?

Selon le communiqué de presse diffusé par l’association le 6 avril dernier, l’analyse des urines des 30 participants à l’enquête démontre « l’omniprésence de cette molécule dangereuse dans nos organismes ». En effet, « 100 % des échantillons contenaient du glyphosate à une concentration supérieure à la valeur minimale de quantification du test ». Plus précisément, « 96,66 % des concentrations étaient supérieures à la concentration maximale admissible pour un pesticide dans l’eau de 0,1 ng/ml ».

Le résultat est jugé « préoccupant » par François Veillerette, le président de l’association, qui estime que « le taux de glyphosate devrait être à zéro [et qu’il] n’est pas normal que les personnes aient dans leur organismes cette molécule de désherbant ».

Des résultats imprécis

Dans son rapport, l’association évoque « des raisons financières évidentes » l’empêchant de réaliser « des centaines ou des milliers d’analyses différentes ». Une limite qu’elle tente de contourner en comparant son étude avec d’autres réalisées précédemment sur des échantillons plus importants.

Mais l’insuffisance supposée des moyens a également empêché l’association d’enquêter sur les écarts constatés entre les personnes analysées. En effet, le taux de concentration le plus important (2,89 ng/ml) est 32 fois plus élevé que la valeur la plus basse (0,09 ng/ml). Et l’association n’apporte aucune explication à ses différences.

Et si l’essentiel n’était pas là ? Pour Générations Futures, son étude est surtout l’occasion de rappeler que le glyphosate est présent « partout » et qu’il a été classé comme cancérigène par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). Seulement, les méthodes de cette agence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont été remises en question à plusieurs reprises. En effet, le CIRC a suscité diverses controverses ces dernières années en publiant notamment des études sur le caractère cancérigène possible du café et de la viande. Considéré depuis 1991 comme « peut-être cancérogène pour l’homme », les scientifiques du CIRC ont finalement déclassé le café de la liste des produits potentiellement cancérigènes en 2016 ! Il aura donc fallu 25 ans pour soulever les doutes…

Or, dans le cas du glyphosate, l’avis du CIRC s’oppose à celui de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa), dont les experts estiment qu’il n’est pas cancérigène. Idem pour le Joint Meeting on Pesticides Residues (JMPR), un comité commun à l’OMS et l’ONU pour qui il est « improbable que le glyphosate pose un risque cancérogène pour les humains, du fait de l’exposition par le régime alimentaire ». Enfin, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), a également conclu à l’absence de danger pour l’homme.

Des liens opaques entre centres de recherches et médias

Le 24 mars dernier, Lamar Smith, président du House Committee on Science, Space and Technology, une commission de la Chambre des représentants des Etats-Unis, a envoyé une lettre au ministre américain de la santé, Tom Price, pour lui demander des informations sur les millions de dollars qui vont à la fondation européenne Ramazzini, un institut italien privé de recherche en cancérologie. Controversé, cet institut est resté célèbre pour avoir publié en 2005 une étude sur les liens entre la consommation d’aspartame et le cancer. Des résultats invalidés un an plus tard par l’EFSA. Or, il s’avère que l’institut italien est en relation avec le CIRC. De fait, le Congrès américain souhaiterait en savoir plus quant aux financements accordés par les Instituts américains de la santé (NIH) aux deux organismes.

Pour sa part, l’association française Générations Futures avait fait l’objet de nombreuses critiques après la diffusion du reportage « Produits chimiques : nos enfants en danger » dans l’émission Cash Investigation sur France 2. Reprenant le titre d’un rapport de l’EFSA, le reportage affirmait que 97 % des aliments contiendraient des résidus de pesticides. Présenté de cette manière, le chiffre peut paraître impressionnant. Et pourtant… Générations Futures a tronqué les résultats du rapport annuel 2013 de l’agence européenne sur les résidus de pesticides dans les aliments. Publié en 2015, ce rapport affirmait notamment que « 97 % des aliments contiennent des résidus de pesticides dans les limites légales […] dont 55 % sans aucune trace détectable de ces produits chimiques ».

Quand bien même les études concluent, dans leur grande majorité, à la non probabilité de la carcinogénicité du Glyphosate, certains associations profitent parfois de leurs proximités avec de grands médias pour influencer le débat public, quitte à leurrer le consommateur et le citoyen.

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