La culture : locomotive économique en Ile-de-France

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S’il y a bien un secteur d’activités qui fait le bonheur économique de la région Ile-de-France, c’est celui de la culture. Studios de cinéma ou d’audiovisuel, musées, maisons d’édition… la grande majorité d’entre eux y est concentrée. Mais les emplois générés sont parfois précaires et nécessitent une protection sociale adéquate.

La culture est indéniablement l’un des moteurs économiques les plus importants de France, en plus d’incarner un vecteur de rayonnement international. Et c’est la région Ile-de-France qui en profite le plus, représentant à elle seule 61% de la plus-value dégagée par l’ensemble des établissements culturels de l’Hexagone, soit 21 milliards d’euros. Paris est ainsi l’une des cinq métropoles mondiales à peser autant, grâce au seul domaine de la culture, au même titre que Londres ou New York. Cela est dû autant à ses capacités à attirer des touristes dans ses lieux culturels emblématiques (entre 20 et 25 millions de visiteurs chaque année rien que dans ses cinq musées principaux, le Louvre en tête), des tournages de films et de séries télévisées français et internationaux et de bénéficier de plus de 161 000 établissements culturels, soit 36% de l’ensemble du pays. La culture en Ile-de-France accueille la plupart des grandes chaînes de radio et de télévision et rayonne dans la production cinématographique et l’édition de jeux électroniques. Et ce n’est pas près de s’arrêter en si bon chemin.

 

Quand cinéma et audiovisuel règnent en Ile-de-France.

« L’Ile-de-France se singularise par une forte implantation des activités cinématographiques, de l’audiovisuel et du multimédia, dont elle concentre 67% des emplois et les trois quarts de la richesse dégagée »1, explique une note de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme (ou IAU) de la région Ile-de-France. Le secteur se porte d’ailleurs de mieux en mieux, avec plus de 5 000 entreprises dédiées. Après une crise inquiétante, il retrouve des couleurs depuis 2014, la masse salariale gagnant même 11% en 2017 pour les CDI et 6% pour les ETP (emplois Équivalent Temps Plein) selon l’étude annuelle commandée par le groupe de protection sociale Audiens et la Commission du film d’Ile-de-France, publiée le 2 mai dernier. Il s’agit même pour ces emplois, de la plus forte hausse depuis une dizaine d’années, malgré une certaine stabilité des investissements dans la production cinématographique française et des semaines de tournage en légère baisse en moyenne.

Ces chiffres florissants s’expliquent toutefois par un nombre de plus en plus élevé de productions françaises qui se tournent dans notre pays et en particulier dans la région francilienne. Surtout que nombre de ces tournages sont à budget élevé (plus de 10 millions d’euros) et nécessitent des dépenses significatives en matière d’effets visuels, également conçus sur notre territoire. C’est le cas de Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson, tourné dans les studios de la Cité du Cinéma, en Seine Saint-Denis (75 millions d’euros de budget), de Santa & Cie d’Alain Chabat, de Dans la brume de Daniel Roby ou d’Au revoir là-haut d’Albert Dupontel. Certains de ces tournages ont d’ailleurs pu avoir lieu en France grâce à la revalorisation du crédit d’impôt international et du Fonds de soutien de la Région Ile-de-France, passant de 20 à 30%. Plusieurs séries ont aussi pu se tourner sur notre sol, comme Le Bureau des légendes ou encore Versailles.

Des productions internationales ont également posé leurs caméras davantage en 2016 et 2017 en France. Ce fut le cas de 50 nuances plus claires de James Foley, Mission Impossible 6 de Christopher Mc Quarrie (35 jours de tournage rien qu’à Paris), The 15 : 17 to Paris de Clint Eastwood, Jackie de Pablo Lorrain (réalisé intégralement dans les studios de la Cité du Cinéma par commodité pour Natalie Portman, vivant alors à Paris) ou encore des séries telles que Sense 8 et Patriot. Des sociétés de productions étrangères ou de co-productions françaises d’animation comme Illumination (à qui on doit la saga Moi, Moche et Méchant) ou d’effets visuels ont opéré davantage de prestations en France ces deux dernières années, sur des projets d’envergure tels que Blade Runner 2049 ou la série American Gods. « Avec un budget dédié de 20,5 M€, en hausse de 20% en deux ans, notre ambition est de devenir la première région d’Europe en matière de soutien à la production cinématographique et audiovisuelle »2 a ainsi souligné Agnès Evren, vice-présidente de la Région Ile-de-France en charge de la Culture, du Patrimoine et de la Création.

 

Emplois culturels en dents de scie.

Selon l’IAU, quelque 300 000 emplois y sont dédiés à la culture (dont les ¾ à Paris et dans les Hauts-de-Seine), soit 5,3% de tous les emplois de la région et 45% des emplois culturels de tout le pays. En plus de la majorité du secteur cinématographique et de l’audiovisuel, 46% des effectifs nationaux des activités du patrimoine et de lecture publique (musées, bibliothèques, monuments culturels), 44% de ceux du secteur de la publicité et 42% de ceux de l’édition écrite, se trouvent dans la région francilienne. Mais si les CDI et les ETP ont été en augmentation l’année dernière (16% d’entre eux), la culture est sans doute le secteur d’activités où il y a le plus de disparités au niveau des emplois et de la précarité.

Plus de 30% de ces actifs sont ainsi indépendants, soit trois fois plus que pour l’ensemble des professions au niveau national. La moitié d’entre eux sont micro-entrepreneurs, avec des revenus mensuels imposables de 1 800 euros en moyenne. Un statut souvent couplé avec une activité salariée à côté, dans l’enseignement culturel, le spectacle vivant ou l’audiovisuel. Mais la région Ile-de-France est surtout celle où l’on retrouve le plus nombre d’intermittents du spectacle, avec des postes à faible volume horaire : 183 000 au dernier recensement en 2014.

« Dans le domaine de la culture, l’activité connaît des fluctuations et répond souvent à une économie de projet, ce qui induit une multiplicité d’employeurs et une alternance de périodes de travail et de non-travail, notamment pour les artistes et techniciens du spectacle »1, souligne l’IAU. Le système français n’en demeure pas moins protecteur. Entre les récents ajustements juridiques de 2016, la situation des professionnels de la culture, si elle n’est pas idéale, n’en connait pas moins d’améliorations. “Sur le champ des professions du spectacle vivant et enregistré, qui couvre une dizaine de branches, un important travail de restructuration des conventions collectives a été mené et le dispositif de protection sociale est à maturité. L’essentiel aujourd’hui consiste à ajuster et améliorer les couvertures santé et prévoyance” expliquait ainsi Patrick Bézier, président d’Audiens, pour l’Argus de l’Assurance.

 

Crédit Photo: Edgar Chaparro

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