Interdiction du Glyphosate dans 3 ans: distorsions de concurrence à prévoir pour la France

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Déjà largement menacés par la concurrence européenne, les agriculteurs s’inquiètent de l’interdiction sur le sol français du glyphosate. Cet herbicide peu cher est largement répandu dans les autres pays.

En 2016, 20% des exploitants agricoles français étaient dans l’incapacité de se verser un salaire. 30 % d’entre eux vivaient avec moins de 350 euros par mois. Cette même année, les faillites se sont amplifiées. Le nombre de suicides a été multiplié par trois, constituant dès lors un record sinistre. Un agriculteur se suicide tous les deux jours en France.

Un triste constat qui semble empirer. Et ce, à mesure que les années passent et que les pouvoirs publics échouent, depuis plus d’une décennie à inverser la tendance.

Des aides européennes coupées

En ce début d’année, deux nouvelles gouttes d’eau viennent s’ajouter au vase déjà trop plein des agriculteurs français. La première est la modification de la carte des zones défavorisées. Le déclassement de certaines zones va priver des centaines d’exploitations de l’indemnisation compensatoire de handicap naturel (ICHN). Une aide financée à 25 % par l’État et à 75 % par le fonds européen agricole de développement rural, et qui s’élève en moyenne à près de 10 000 euros par an, soit plus que le salaire annuel de beaucoup d’exploitants.

Alors que la réforme européenne des zones défavorisées sera validée le 15 septembre, les communes et travailleurs concernés tentent de se mobiliser et multiplient les actions coup de poing, comme à Camaran, en Occitanie, où le 2 février dernier, des dizaines d’exploitants ont allumé des tas de fumier devant différents bâtiments publics.

 Cette nouvelle carte menace des pans entiers de notre territoire de disparition. Il faut bien comprendre que ce que demandent nos agriculteurs ce ne sont pas des mesures de favoritisme, mais le respect d’une concurrence loyale à un moment où les disparités sont énormes sur le sol européen » s’indignait alors Gilbert Hebrard, conseiller départemental du canton de Revel et soutien de la manifestation.

L’interdiction du glyphosate, le boulet de trop ?

Autre motif d’inquiétude en ce début d’année, l’interdiction du glyphosate. Controversé, cet herbicide dispose d’un large consensus scientifique sur sa non-nocivité. Seul le CIRC, une agence de l’OMS dont les méthodes font actuellement l’objet d’une enquête parlementaire aux Etats-Unis, a classé la molécule comme cancérogène probable. Seule agence contre l’Allemagne et l’Union Européenne à travers L’EFSA, (Autorité européenne pour la sûreté alimentaire), et l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques).

C’est pourquoi l’Union Européenne a renouvelé pour 5 ans l’autorisation du glyphosate. Mais Emmanuel Macron tweetait immédiatement qu’il voulait ramener le délai à trois ans. Or, le 25 janvier, celui-ci décidait que la réduction du délai serait conditionnée à la découverte d’une “alternative crédible”. Malgré cette annonce, les exploitants s’inquiètent donc logiquement de voir leurs coûts de production augmenter. Que ce soit par l’achat de pesticides plus coûteux ou par la mise en place de labours nécessitant de lourds investissements en matériel. Beaucoup craignent de voir l’agriculture française déclassée encore un peu plus sur l’échelle de la concurrence européenne et mondiale

Les pesticides bios tout aussi dangereux ?

De plus, l’examen de la suppression du glyphosate mériterait sans doute d’être approfondi en terme d’impact. En effet, ses opposants européens se basent sur l’utilisation massive des agriculteurs nord américains.

 Une exploitante de l’Aveyron expliquait au journal Challenges « Nous utilisons le glyphosate depuis 37 ans dans le cadre d’une agriculture de préservation des sols. Cette méthode est recommandée par le FAO*, si on nous l’interdit, je ferme mon exploitation » s’inquiétait elle.

D’autant que des études sur le sulfate de cuivre, considéré comme pesticide bio par la Commission européenne, s’inquiètent de la dangerosité du produit. Le sulfate de cuivre ne serait donc pas une alternative crédible au glyphosate. L’EFSA et l’ECHA ont toutes deux estimé que le sulfate de cuivre présente des risques pour les agriculteurs, les animaux, et les sols. Les risques sont également présents pour le consommateur. Les dérivés du cuivre s’accumulent dans les sols et les résidus se retrouvent ensuite régulièrement sur les produits.

Il n’existe donc pour l’heure pas de solution miracle. Cependant la situation dramatique des agriculteurs français devrait pousser les pouvoirs publics à tenter de sauver des exploitations. Et dans la mesure du possible, limiter la concurrence déloyale qui les détruit chaque jour un peu plus.

*FAO: Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

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