IPTV : un nouveau phénomène qui inquiète

0

En France, le piratage IPTV inquiète. La HADOPI devrait d’ailleurs rendre, au second trimestre 2018, les résultats de son enquête sur ce nouveau phénomène qui séduit de plus en plus de Français, bien souvent loin d’imaginer les nombreux risques — financiers et techniques — qu’ils encourent…

D’après le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qui publiait, en mars dernier, ses « chiffres clés » pour l’année 2016, « l’audiovisuel est au cœur de profondes mutations ». La raison ? « Les voies d’accès à la télévision et à la radio, de même que les modalités de leur consommation, se diversifient » ; l’accès aux « offres multichaînes » se généralise et le « nombre d’acteurs économiques intervenant dans le secteur se multiplie » note l’institution. Qu’ils soient « éditeurs ou distributeurs de service de télévision », voire même « mafieux ».

Car si les Français sont de plus en plus séduits par ces « offres multichaînes », ils troquent volontiers, leurs box et abonnements légaux pour des canaux illicites. Exit Bouygues, Orange ou SFR ; la nouvelle tendance est effectivement de posséder son boîtier Android IPTV (télévision sur protocole Internet). Utilisant un réseau identique à celui de l’accès Internet, cette « télévision » « consiste à regarder des flux télévisuels gratuits ou payants en direct […] le tout étant piloté par des organisations […] mafieuses » rapporte le pure player 01net.com.

À l’étranger, le phénomène, déjà bien enraciné, pourrait d’ailleurs exploser en 2018. Et c’est compréhensible : qui n’aimerait pas posséder plusieurs centaines de chaînes pour quelques devises par mois, alors que l’offre de contenus visuels n’a jamais été aussi alléchante ? Au Royaume-Uni, selon YouGov, ce sont près de 5 millions de personnes (10 % de la population) qui ont recours au piratage IPTV via un boîtier Android préconfiguré ; aux États-Unis, elles sont 7 millions (6,5 % de la population) selon le cabinet Sandvine.

IPTV, un risque pour les finances…

Si, pour l’instant, ce « trafic télévisuel » n’a pas traversé massivement la Manche ou l’Atlantique, « les boîtiers préconfigurés représentent une tendance relativement récente qui prend de l’ampleur en France et que nous surveillons comme le lait sur le feu », expliquait récemment Frédéric Delacroix, secrétaire général de l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA), à 01net.com. Selon un sondage effectué en 2017 par la HADOPI, 4 % des personnes interrogées avaient déjà un boîtier IPTV.

Le chiffre grimpe même à 8 % chez les individus habitués à utiliser des méthodes illicites pour visionner des contenus audiovisuels. D’où la nécessité de réguler, en France, cette nouvelle pratique. « C’est un phénomène émergent qu’il faut interrompre avant qu’il ne se développe. C’est pourquoi la HADOPI a décidé de s’emparer de ce sujet », explique Pauline Blassel, secrétaire générale déléguée au sein de la Haute autorité. Dans l’intérêt, non seulement, des ayants droit, mais également des consommateurs eux-mêmes, qui s’exposent à divers risques.

« En France, la contrefaçon est un délit dont la sanction peut aller jusqu’à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende » renseigne-t-elle. Et les personnes qui visionnent des contenus piratés, au même titre que celles qui commercialisent les boîtiers illégaux, peuvent effectivement être accusées de contrefaçon. Manque de chance, les plus susceptibles d’avoir recours à ces moyens pirates, comme le révèle l’étude de la HADOPI, sont les plus jeunes — rompus au téléchargement sur Internet et moins aisés financièrement, donc plus intéressés par ces offres.

… Et pour la vie privée

Outre la sanction pécuniaire, il existe un autre risque, moins douloureux au premier abord — mais à prendre en considération tout de même — : le hacking des données personnelles. En effet, « d’autres applications sont parfois livrées en plus de ces boîtiers. Pour l’instant, on sait très peu de choses sur ces bloatwares [logiciels envahissants, ndlr]qui sont souvent des jeux ou des utilitaires », analyse le pure player Logitheque.com. Et « il ne serait pas étonnant qu’un organisme de sécurité tiers découvre un de ces jours que certains collectionnent des données à l’insu des utilisateurs. »

Les boîtiers Android sont en effet vendus « rootés » — c’est-à-dire avec un système d’exploitation débridé destiné à augmenter les performances de l’appareil. Problème : « si le root présente de nombreux avantages, il présente aussi de nombreux inconvénients », rappelle Logitheque.com. Parmi eux, donc : la possibilité de se faire subtiliser ses données personnelles. Tout sauf une hypothèse ; un chercheur américain en sécurité a démontré, l’an dernier, qu’il était possible de pirater les Smart TV à distance. Notamment celles qui utilisent le protocole IPTV.

C’est donc à la fois pour protéger les auteurs des œuvres — ainsi que leurs ayants droit — et les consommateurs que la France entend réagir. La HADOPI mène actuellement plusieurs enquêtes sur ce dossier. Le but : cartographier l’« écosystème IPTV » tout en proposant des pistes de réflexion, juridiques surtout, qui permettrait de mettre fin au piratage audiovisuel. Car, derrière cette pratique, comme l’a rappelé l’an dernier le secrétaire d’État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, se cachent souvent de véritables « mafias numériques ».

 

 

Partager.

Répondre

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Planete Business
Assign a menu in the Left Menu options.
Assign a menu in the Right Menu options.