Les énergies renouvelables font-elles vraiment le poids face au nucléaire ?

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Fidèle à ses habitudes, la Cour des comptes a publié, mercredi 18 avril 2018, un rapport qui jette un froid sur les énergies renouvelables. Critiquant l’amateurisme de l’État dans le financement et la mise en œuvre de la transition énergétique, les magistrats exhortent le gouvernement à adopter une stratégie cohérente. Un appel, sans le nommer, au maintien d’une part prédominante du nucléaire dans la production d’électricité en France.

Cinq ans après une première remontrance sur les politiques publiques de soutien aux énergies renouvelables (EnR), la Cour des comptes vient de lancer un nouveau pavé dans la marre sur l’état d’avancement de la transition énergétique en France. Et comme en 2013, lorsqu’elle s’inquiétait des objectifs “difficilement atteignables” et des “risques budgétaires” encourus par le “montant très élevé des engagements financiers consentis par l’État”, l’institution de la rue Cambon fustige une nouvelle fois la stratégie gouvernementale en la matière, qu’elle juge insuffisamment “claire” faute “de dispositifs de soutien stables et cohérents” et malgré des coûts “disproportionnés par rapport à la contribution de certaines filières aux objectifs de développement des EnR”. À travers ce bilan pour le moins “décevant” sur 12 années d’actions depuis l’adoption de la loi POPE en 2005, suivie du Grenelle de l’environnement en 2009 et de la Loi sur la transition énergétique en 2015, sans oublier l’Accord de Paris en 2016, la Cour des comptes démontre par A+B l’échec actuel de l’État français dans la lutte contre le réchauffement climatique et le développement des filières industrielles vertes “au regard des moyens considérables qui sont consacrés au développement des énergies renouvelables”.

Dans sa synthèse, le rapport revient d’abord sur les objectifs de 23 % d’EnR dans la consommation finale d’énergie d’ici 2020 et de 32 % en 2030, soit un “décalage persistant” avec la part de 15,7 % enregistrée fin 2016. Mais les Sages dénoncent surtout le manque de pertinence dans la répartition des dépenses publiques, qui vont à près de 90 % dans l’éolien et le solaire alors que ces sources d’énergie ne représentent respectivement que 2 % et 0,7 % du mix énergétique français. En 2016, Bercy a en effet investi 4,4 milliards d’euros dans les énergies renouvelables électriques, contre seulement 567 millions d’euros dans les EnR thermiques (bois, biomasse, géothermie, etc.) qui représentent pourtant 60 % de la production nationale, hors transports, souligne la Cour. À titre de comparaison, le soutien à l’électricité d’origine photovoltaïque et éolienne a coûté 79,1 milliards d’euros depuis 2005 pour une contribution cumulée de 2,7 %, tandis que les quelque 40 milliards d’euros investis dans le nucléaire sur cette période ont permis de pourvoir à 72,3 % l’électricité produite sur le territoire en 2016. Avec un impact direct sur la balance commerciale respective : 700 millions d’euros de pertes pour l’installation de nouvelles capacités d’EnR en 2016 (et même 3 milliards d’euros en 2010), contre les 6 milliards d’euros de recettes annuelles de l’industrie nucléaire. Quant à l’emploi, il demeure limité à 79 000 dans la filière des énergies vertes, contre 220 000 dans celle de l’atome.

Décarbonation et baisse du nucléaire, deux objectifs incompatibles

Compte tenu de son profil énergétique peu carboné, si la France avait voulu faire de sa politique en faveur des EnR un levier de lutte contre le réchauffement climatique, elle aurait dû concentrer prioritairement ses efforts sur le secteur des EnR thermiques qui se substituent principalement à des énergies fossiles émissives de CO2. De ce fait, la place consacrée aux énergies renouvelables électriques dans la stratégie française répond à un autre objectif de politique énergétique, consistant à substituer les énergies renouvelables à l’énergie de source nucléaire.”

Or, c’est l’autre principale erreur stratégique déplorée par le rapport de la Cour des comptes, celle d’avoir voulu concilier réduction des émissions de gaz à effet de serre et diminution de la part du nucléaire à 50 % du mix électrique d’ici 2025. “Ce dernier objectif n’était pas compatible avec la trajectoire d’augmentation des capacités d’énergies renouvelables déterminée en 2017 par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)”, comme l’a confirmé Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, en novembre 2017. En clair, les capacités hydraulique, éolienne et solaire de la France ne sont pas suffisantes pour se passer aussi rapidement de l’apport du nucléaire. “Il conviendrait donc, à l’occasion de la révision de la PPE en 2018, de définir une stratégie énergétique cohérente entre les objectifs de production d’EnR et l’objectif de réduction de la part de l’énergie nucléaire dans le mix”, recommande le rapport. Une référence à peine masquée aux avantages procurés depuis plus de 40 ans par l’atome, garant d’une électricité décarbonée à 97 % et modulable à souhait (un réacteur peut passer de 20 à 100 % de sa puissance en une demi-heure). Grâce à la sécurité d’approvisionnement assurée par des réserves abondantes et fiables (45 % de la production provient des pays de l’OCDE), la filière nucléaire a permis à la France d’atteindre un niveau d’indépendance énergétique de 50 %, contre seulement 25 % en 1973.

Énergies renouvelables : quid du coût réel ?

Forts de leurs constatations alarmantes sur l’utilisation des deniers publics, les magistrats ont appelé, en conclusion du rapport, à une meilleure concertation de l’ensemble des parties prenantes à la stratégie énergétique, notamment entre les ministères. Une nécessité de cohérence d’autant plus importante que le Parlement européen vient d’entériner une nouvelle répartition des efforts de réduction d’émissions de CO2 en fonction au PIB par habitant. À ce titre, la France doit diminuer ses rejets de 37 % d’ici 2030, soit l’un des taux les plus élevés de l’Union européenne. Mais la liste des recommandations de la Cour des comptes est encore longue en matière d’EnR, en particulier concernant le coût réel de l’électricité provenant des EnR, qui manquerait de transparence.

Tandis que l’électricité d’origine nucléaire revient à moins de 33 euros cash du MWh, soit le deuxième moins élevé en Europe, les derniers appels d’offres pour le solaire et l’éolien terrestre affichent respectivement à 55 et 65 euros/MWh en tenant compte des diverses subventions publiques, et même jusqu’à 190 euros/MWh pour l’éolien offshore d’ici 2020 ou 2021… Une “opération vérité” s’avère donc “indispensable” selon la Cour afin de pouvoir comparer le prix réel de chaque filière, qui doit comprendre les coûts pour compenser l’intermittence des renouvelables ainsi que pour adapter le réseau. L’Allemagne, qui a annoncé sa sortie de l’atome d’ici 2022, prévoit ainsi de dépenser la bagatelle de 40 milliards d’euros en vue de modifier ses installations pour les EnR, un investissement à prendre en compte au moment de décider d’une stratégie à long terme. Sans la stabilité économique et écologique garantie par l’industrie nucléaire, la France court à sa perte si elle veut imiter son voisin allemand en misant tout sur une filière des énergies renouvelables qui ne joue pas son rôle.

Par Arnaud Daguin

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