Nucléaire : les enjeux du démantèlement et du traitement des déchets

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Reconnue à l’international pour l’excellence de son savoir-faire, la filière nucléaire française tente désormais d’exporter son expertise en termes de démantèlement et de traitement des déchets. Le World nuclear exhibition (WNE) organisé à Paris fin juin 2018, a été l’occasion pour les entreprises hexagonales de signer de nombreux accords prometteurs. 

Avec près de 150 réacteurs à l’arrêt dans le monde, le démantèlement est sans doute l’un des axes de développement les plus prometteurs pour l’industrie nucléaire dans les prochaines années. En effet, de nombreux pays, pour des raisons diverses allant de la crainte de l’incident, à des raisons idéologiques ou économiques, vont être contraints de procéder au démantèlement de leurs réacteurs.

Un marché d’avenir pour la filière démantèlement

Si certains pays, comme les Etats-Unis ou la Russie, optent pour une politique de démantèlement différé, c’est à dire d’attendre une baisse naturelle mais longue de la radioactivité avant de déconstruire les réacteurs, certains états comme la France, la Belgique ou l’Espagne choisissent eux, en accord avec les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le démantèlement immédiat.

Avec un marché mondial estimé a près de 200 milliards d’euros d’ici 2050, les entreprises françaises tentent de s’imposer comme modèle de compétence et d’exporter leur savoir-faire. En réalité, la filière hexagonale apparaît comme l’une des plus expérimentées. Deuxième parc mondial derrière les Etats Unis, la France a entamé des processus de démantèlement notamment avec le réacteur Chooz-A, dans les Ardennes. Modèle type de réacteur à eau pressurisée (REP), son démontage avait démarré en 1999, après l’évacuation des combustibles opérée entre 1993 et 1994. Une opération délicate, puisque qu’il s’agit d’extraire du site la majeure partie des éléments radioactifs.
En 2007, avec la publication d’un décret, obligatoire pour tout chantier de démantèlement, les équipes d’EDF ont pu démarrer la phase la plus importante, consistant au démontage du générateur vapeur, et de la cuve. Réclamant de forts investissements en ingénierie robotique, afin d’éviter le contact prolongé avec les restes de radioactivité, la maîtrise de cette étape est l’une des forces de la filière française. Le projet Predator, créé par Nuvia et EDF, apparaît comme un modèle d’efficacité à l’international. Vaste système téléoperé fondé sur un bras armé de 4m, il permet de découper l’ensemble des éléments de tuyauteries et réservoirs en toute sécurité. Une expérience qui pourrait permettre aux entreprises françaises de remporter de nombreux marchés stratégiques dans les prochaines années.

A l’image des accords récemment signés par le groupe EDF lors du World nuclear exhibition (WNE) organisé à Paris fin juin 2018. Un premier accord conclu avec Orano pour la déconstruction du réacteur à neutrons rapides de Monju, au Japon. Un deuxième avec Fortum, entreprise finlandaise et acteur majeur de l’énergie en Europe du nord, pour développer des offres communes en matière de démantèlement sur le marché nordique. Et un troisième sur le démantèlement des réacteurs modérés au graphite avec la Nuclear Decommissioning Authority (NDA), l’autorité publique britannique en charge du démantèlement des 27 réacteurs Magnox (graphite) au Royaume-Uni. Sans compter sur l’acquisition par EDF de la start-up Oreka Solutions spécialisée dans le numérique au service du démantèlement des centrales nucléaires.

D’autres comme l’accord signé entre Orano et NDA actent concrètement l’exportation de l’excellence française. Le groupe français spécialisé dans le cycle du combustible nucléaire a établi une « feuille de route » avec le propriétaire de sites nucléaires anglais, afin d’établir des projets de collaboration et de partage d’expertises dans les domaines du démantèlement, de l’assainissement et de la réduction des risques. “Le Royaume-Uni et la France ont une expertise inégalée dans le secteur nucléaire. Cette feuille de route nous oriente vers un avenir prometteur pour nous permettre de travailler ensemble avec Orano et de progresser dans nos missions de démantèlement au Royaume-Uni et en France.” a déclaré David Peattie, Président directeur général de la NDA.

Exportation du savoir-faire français dans le traitement des déchets

Du côté du traitement des déchets radioactifs, l’expertise de la France n’est encore une fois plus à démontrer. Même si le marché français et mondial est encore à une phase de structuration de ses besoins, il n’en reste pas moins majeur : les estimations de certains industriels avoisinant les 210 milliards d’euros d’ici 2030 pour l’unique marché de la décontamination des déchets faiblement radioactifs. Cet engouement s’illustre par exemple par plusieurs autres contrats signés à Paris lors du WNE. EDF et Veolia se sont en effet associés « pour développer le traitement des déchets radioactifs par vitrification et réfléchir à la conception du démonstrateur industriel permettant de sécuriser le démantèlement des réacteurs graphite ».

Encore au Royaume-Uni, un autre accord stratégique a été signé entre Orano TN, et la société LLW Repository Ltd (LLWR), spécialiste de la gestion des déchets nucléaires outre-Manche. En effet, ce contrat de plusieurs millions d’euros, permet à Orano TN, filiale du géant français spécialisée dans la logistique nucléaire, de s’imposer sur la scène internationale comme l’un des leaders mondiaux. Un contrat de six ans, ciblé sur la fourniture d’emballages, de services et d’équipements de transport pour plusieurs sites nucléaires du Royaume-Uni. “Notre capacité à offrir des produits et services innovants et compétitifs a été formellement reconnue par nos partenaires LLWR et Magnox. Orano TN est fier de contribuer à ce programme essentiel pour la pérennité de l’énergie nucléaire au Royaume-Uni.” s’est félicité David Ohayon, Directeur de l’activité Déchets d’Orano TN.

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