Arkéa : un nouveau schéma difficile à comprendre

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La banque Arkéa a présenté son projet technique en vue d’une désaffiliation du Crédit Mutuel. Se voulant rassurant sur le respect des valeurs mutualistes et coopératives du futur ensemble, ce projet se révèle en réalité bien plus centralisateur que le modèle actuellement en vigueur.

 Le 29 juin, le conseil d’administration d’Arkéa, la banque présidée par Jean-Pierre Denis, qui ambitionne de faire sécession de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), a présenté le « projet technique » de sa future organisation. Un projet détaillant la forme juridique du nouvel ensemble, transmis aux gendarmes bancaires français et européens pour approbation.

Bien conscients des inquiétudes soulevées par leurs velléités d’indépendance — par ailleurs maintes fois rappelées par tout ce que le secteur bancaire compte de régulateurs et autres autorités de supervision —, les administrateurs d’Arkéa s’appliquent, dans leur communiqué, à déminer le terrain. Le schéma envisagé « respecte l’identité coopérative, mutualiste et territoriale du groupe », assure le document.

« Les règles de gouvernance coopérative — une personne, une voix — seront conservées à tous les niveaux de l’organisation », poursuit le communiqué, qui insiste : « Le groupe Arkéa conservera son identité coopérative et mutualiste ». Sur le papier, les administrateurs d’Arkéa se veulent donc rassurants : les « valeurs » et « l’identité » de la banque bretonne seront préservées en cas de divorce avec la CNCM.

Un modèle plus centralisé qu’aujourd’hui

Dans le détail, pourtant, le modèle choisi serait, de fait, beaucoup plus centralisé que celui actuellement en vigueur entre Arkéa et la CNCM — et que Jean-Pierre Denis ne manque pas une occasion de critiquer. Car le futur Arkéa serait doté d’un agrément bancaire unique, et non plus collectif, comme c’est le cas aujourd’hui.

« Les caisses locales resteront des sociétés coopératives, précise ainsi le communiqué. Elles seront propriétaires du groupe et participeront à la détermination et la mise en œuvre des orientations stratégiques du groupe ». En pratique, les caisses locales conserveraient « la responsabilité des activités coopératives, des missions de représentation du sociétariat et de facilitation à l’accès aux services bancaires et financiers » — sans que le communiqué ne précise le contour de ces « activités coopératives ».

Quant aux activités bancaires à proprement parler, elles seront « réalisées par Arkéa, qui conservera son statut de société anonyme coopérative ». Ce qui signifie que « chaque société coopérative locale sera associée à une agence locale qui retracera son activité bancaire », détaille le communiqué. En d’autres termes, les caisses locales d’Arkéa seront tenues d’apporter leurs actifs à des structures miroirs, filiales du groupe.

D’aucuns estiment qu’il s’agit donc bien, si Jean-Pierre Denis parvient à ses fins, d’un modèle centralisé, bien plus que celui qui prévaut actuellement avec la CNCM. Un schéma difficile à comprendre, quand on se souvient des raisons invoquées par le patron d’Arkéa pour justifier son départ de la maison mère : « Le Crédit Mutuel Arkéa refuse toute forme de centralisation », déclarait, Jean-Pierre Denis en mai 2017.

De leur côté, au sortir d’un Comité central d’entreprise (CCE) qui se tenait jeudi 5 juillet, les syndicats d’Arkéa ont dénoncé un projet « sommaire et succinct » sur lequel il est difficile de se prononcer. C’est pourquoi, frustrés, ces derniers ont demandé « le droit de se faire assister par un expert afin de juger de la viabilité du projet d’indépendance du groupe bancaire », peut-on lire dans les colonnes du Télégramme. Les syndicats de la banque bretonne déplorent également l’absence du directeur général d’Arkéa, Ronan Le Moal, à ce CCE « alors qu’il présente le projet à tout le monde sur Twitter ». 

Les embûches s’accumulent pour Jean-Pierre Denis

Par ailleurs, le PDG d’Arkéa n’en a pas fini avec les embûches. Le départ de la CNCM, qui a mandaté la banque Lazard pour évaluer les conséquences financières d’une sortie du groupe, serait extrêmement coûteux pour Arkéa. S’il réussit à se désaffilier, le Crédit Mutuel lui réclamera en effet une « rétrocession » d’une partie des 3,5 milliards d’euros de réserves accumulées au sein d’Arkéa, au titre du « bénéfice de mutualisation » dont a il a profité en se développant au sein du groupe mutualiste.

La CNCM a également indiqué qu’elle seule pourrait « en tant qu’organe central procéder à une éventuelle désaffiliation ». Enfin, le Crédit Mutuel Massif Central, l’une des filiales d’Arkéa, a déclaré fin juin qu’il avait « entériné définitivement » son choix de rester dans le giron de la CNCM. Et, par conséquent, de quitter le navire Arkéa.

 

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