La finance mutualiste, gage de résistance aux crises financières ?

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Réputé bien plus sage que le modèle spéculatif des banques « traditionnelles », le mutualisme ferait office de rempart contre la crise financière que certains annoncent comme imminente.

L’affirmer ne relève même plus de l’hypothèse douteuse : le monde doit se préparer à une crise financière, plus de dix ans après celle de 2008, et celle-ci pourrait même surclasser toutes les précédentes. Les économistes écument les plateaux de télévision et les studios radio pour le clamer haut et fort, alors que la finance mondiale porte encore certaines séquelles du cataclysme de la crise des subprimes.

Les États, qui ont vu leur dette publique atteindre des sommets et, globalement, tous leurs signaux économiques s’agiter, seraient beaucoup moins bien préparés que dans les années 2000, selon les analystes. L’un d’entre eux, Georges Nurdi, spécialiste du fait économique et financier, estimait ainsi fin novembre dernier que la prochaine crise devrait être « plus proche du typhon dévastateur […], à la fois financière, économique et sociétale ». Et il n’est qu’une voix parmi tant d’autres à alerter sur la frénésie qui s’empare petit à petit du monde financier.

« Les explosifs sont là, il ne manque que le détonateur »

En janvier dernier, déjà, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, estimait que « les explosifs sont là, il ne manque que le détonateur ». La volatilité des bourses mondiales qui s’accentue, l’essor du trading algorithmique — transactions effectuées par des robots —, le niveau de valorisation des actions et des obligations historiquement élevé — qui laisse présager l’éclatement d’une bulle… —, l’endettement public galopant (il a atteint 324 % du PIB planétaire en 2017, soit 237 000 milliards de dollars) : autant de signes alarmants qui démontrent que la finance internationale n’a rien appris de ses excès et de ses échecs passés.

« Les acteurs de la finance ont réussi à imposer leurs vues [sur les efforts de régulation] », note ainsi l’économiste Benjamin Coriat, pour qui « le récit de la finance a triomphé » et la « financiarisation de nos sociétés atteint un point de non-retour ». C’est peu dire que le tableau global n’a donc rien de rassurant…

La situation est d’autant plus désespérante que les solutions sont plus ou moins connues : il faudrait freiner drastiquement le trading à faute fréquence et, surtout, responsabiliser juridiquement les personnes qui actionnent les boutons. Pour résumer, l’argent gagné par les traders file directement dans leurs poches ; celui qu’il perde, en revanche, ne leur appartient pas et s’en va impacter des pans divers et variés de l’économie internationale.

La chute de la banque américaine Lehman Brothers a même montré que ces établissements financiers, tout comme leurs clients, n’étaient absolument pas à l’abri des opérations irraisonnées de cette poignée d’individus. Ce qui a amené certains analystes à se pencher sur le modèle mutualiste, différent à bien des égards des établissements spéculatifs, jouant sur la prudence et la coopération plutôt que sur le risque individuel et l’intéressement personnel.

Arkéa à contre-courant

Une raison à cela, selon Philippe Naszályi, universitaire français spécialiste du monde mutualiste : « Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé meilleure garantie de solvabilité que la mutualisation du risque ainsi que la propriété collective, sans but lucratif. Les banques non cotées que sont les banques coopératives, ont des parts sociales qui ne sont pas des actions ni des instruments de dettes. Un sociétaire n’a pas de droit sur l’actif net contrairement à un actionnaire ».

En d’autres termes : l’argent qui gonfle le capital des établissements mutualistes ne sert pas à renflouer le porte-monnaie d’individus intéressés, mais reste dans les coopératives afin de réaliser de nouveaux investissements. Un souci du bon gestionnaire, responsable et solidaire, prévoyant aussi, que n’ont pas les banquiers « traditionnels ». Et que l’un des fleurons du mutualisme tricolore, de manière aussi surprenante qu’irresponsable, s’apprête à abandonner.

Le Crédit Mutuel Arkéa (CMA), la filiale bretonne de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), a en effet pour projet, depuis quelques mois, de divorcer de sa maison-mère, pour gagner en indépendance, selon le patron de la succursale, Jean-Pierre Denis. Ceci malgré les avertissements répétés des autorités compétentes (Banque de France, BCE, gouvernement français), selon qui la perte du statut mutualiste pourrait entraîner Arkéa dans une impasse — voire dans le mur —, puisque la banque, jetée dans le monde concurrentiel, ne présenterait plus les mêmes garanties qu’auparavant. Si bien que l’agence de notation Standard & Poor’s annonçait en début d’année qu’elle n’hésiterait pas à diminuer la note du CMA si d’aventure celui-ci menait jusqu’à son terme son projet d’indépendance.

Si ces prises de position ne semblent pas effrayer Jean-Pierre Denis — accusé de vouloir s’enrichir personnellement dans l’affaire — elles inquiètent grandement les épargnants : ces derniers risqueraient en effet de perdre tout ou partie de leurs économies si la banque bretonne venait à obtenir son indépendance et qu’une nouvelle crise financière survenait, ce qui est plus que probable.

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