Le spectaculaire retour en force économique de l’Égypte

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Dans une projection à long terme rendue publique le 8 janvier dernier, la banque britannique Standard Chartered estime que l’Égypte deviendra la septième économie du monde d’ici 2030. Elle devancerait ainsi plusieurs grandes puissances actuelles telles que la Russie, le Japon ou l’Allemagne. Après les difficiles années ayant suivi la révolution égyptienne de 2011, cet optimisme se base sur un redémarrage de la croissance égyptienne dû aux réformes mises en œuvre depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi.

Les chiffres encourageants d’un futur géant

Avec un PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA) de 1200 milliards de dollars, soit 13 000 dollars par habitant, l’Égypte était en 2017 la première puissance économique du continent africain et la troisième si l’on prend en considération le PIB nominal (235 milliards de dollars), juste derrière l’Afrique du Sud et le Nigeria. Cette bonne forme économique est portée par une croissance solide : de 4,3 % en 2017 et de 5,6 % en 2018 et de 6% en 2019 selon les estimations de Beltone Financial Services. Et ce n’est que le début.

Selon un rapport de l’université Harvard publié en mai, l’Égypte se placera au troisième rang des pays qui enregistreront la plus forte croissance au monde d’ici à 2026 (avec une moyenne de 6,63 % sur la période). Ces performances sont d’autant plus impressionnantes qu’elles font suite à un effondrement de la croissance, aux alentours de 2 %, lors de la précédente présidence de Mohammed Morsi.

Ce retour en force de l’Égypte ne tombe toutefois pas du ciel. En échange d’un plan d’aide international (soutien de 12 milliards de dollars du FMI en 2016 et de 3,15 milliards de dollars de crédits de la Banque mondiale), le gouvernement égyptien, sous l’impulsion d’Abdel Fattah al-Sissi, s’est en effet engagé à mener des réformes drastiques. Il a ainsi adopté une nouvelle taxe sur la valeur ajoutée, taillé dans les subventions publiques allouées à l’énergie et libéré le taux de change de la livre égyptienne. Résultat : l’Égypte est le pays africain le plus attractif pour les investisseurs, selon la Rand Merchant Bank. Un rapport du FMI paru en mai 2018 indique ainsi que le pays récolte les fruits « de son ambitieux programme de réformes économiques qui était politiquement difficile », qui a permis de « jeter les fondations d’une croissance solide et durable qui améliorera le niveau de vie de tous les Égyptiens ».

L’économie prometteuse de ce pays de plus de 100 millions d’habitants (le plus peuplé du monde arabe) est toutefois handicapée par une inflation qui a atteint 23,5 % en 2017 — en nette décélération en 2018 — ainsi que par un déficit public correspondant à 12 % du PIB. Le chômage est également un défi majeur, puisqu’il oscille en moyenne entre 10 et 12 % de la population et touche plus de 30 % des jeunes. Un problème auquel le gouvernement entend répondre dans le cadre du programme « Vision Égypte 2030 », une stratégie pour un développement durable qui vise à réduire le taux de chômage à 4 %.

Cinq piliers solides

Le succès de cette politique volontaristes repose sur cinq piliers : les transferts de fonds de la diaspora, le tourisme, les redevances du canal de Suez, le secteur énergétique et la pêche. S’il est quasi impossible d’agir sur le premier pilier (qui rapporte 15 milliards de dollars par an à l’Égypte), force est de constater que les autorités du Caire ont su encourager le développement de ces 3 autres secteurs-clés.

En forte baisse suite à la révolution de 2011, le tourisme au pays des pharaons a amorcé une reprise en 2017 avec 8,2 millions de touristes sur l’année. Celle-ci s’est matérialisée par une croissance de 41 % du nombre de touristes entre les premiers semestres de 2017 et de 2018. Grâce au dynamisme des marchés allemand, ukrainien, saoudien et chinois, l’Égypte espère franchir le cap des 15 millions de visiteurs en 2019, retrouvant ainsi son niveau de 2010.

Quant au canal de Suez, celui-ci a rapporté 6 milliards de dollars de redevance en 2017. Un chiffre qui pourrait atteindre 13 milliards en 2023, en raison de la mise en service d’un deuxième canal, inauguré en août 2015. Celui-ci, creusé en un temps record, a permis de mettre fin à la circulation alternée des convois. Son coût — 3 milliards de dollars — a par ailleurs été financé exclusivement par un emprunt domestique.

Enfin, le secteur énergétique n’est pas en reste : les hydrocarbures représentent ainsi 10 % du PIB égyptien, et pour cause, les réserves de l’Égypte la placent au cinquième rang des pays producteurs africains de pétrole, et au troisième rang des pays producteurs de gaz naturel. Ces performances devraient elles aussi rapidement s’améliorer en raison de la prochaine exploitation du gisement offshore géant de Zohr, en Méditerranée. À la traditionnelle exploitation d’hydrocarbures, l’Égypte a également de grandes ambitions dans le solaire : la future mise en services de plusieurs centrales solaires, notamment le parc photovoltaïque de Benben, près d’Assouan (1,6 à 2 GW d’électricité d’ici mi-2019), contribuera à l’objectif du gouvernement visant à produire 20% d’énergies renouvelables à l’horizon 2020.

Dernier pilier économique égyptien, la pêche est également un autre atout du Caire, avec 1 482 tonnes de ressources produites en 2014 selon la FAO. Dans ce secteur aussi, le gouvernement voit loin. Il a ainsi lancé en décembre 2017 un projet de pisciculture dans le gouvernorat d’Ismaïla, le plus grand au monde, dont l’objectif est d’augmenter la production pisciole de 75%. En 2010, celle-ci représentait déjà trois cinquièmes des poissons d’élevage en Afrique.

Avec ces efforts de diversification, la délicate politique économique menée par le président Sissi a d’ores déjà permis la restauration des fondamentaux macro-économiques : les réserves de change, tombées à 15 milliards de dollars en 2013, atteignent désormais 44 milliards de dollars — un record.

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