Libérer l’économie pour protéger l’environnement

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Et si la bonne santé du capitalisme était indispensable à la transition écologique ? C’est ce qu’affirme un nombre croissant d’experts.

L’urgence écologique est désormais indéniable. Sur neuf indicateurs de destruction de la planète depuis 1960, huit sont au rouge, selon le cri d’alarme lancé en novembre par 15 000 scientifiques de 184 pays.

Mais alors, que faire ? C’est la question que se posent partout dans le monde les scientifiques, les hommes et les femmes politiques, les citoyens, les philosophes, les artistes et même les économistes. Car une idée de plus en plus répandue voudrait que le développement économique soit la principale cause du désastre écologique. Or, loin d’être son ennemi, l’économie pourrait être le meilleur allié de l’écologie.

C’est en tout cas ce que soutient un nombre de plus en plus important de chercheurs, à l’instar de l’ingénieur Laurent Pahpy, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREM). « Contrairement à une idée reçue, l’économie de marché protège les ressources naturelles. Leur monétisation, permise par l’instauration de droits de propriété, est une puissante incitation à les préserver. Car quand ces ressources appartiennent à tout le monde, elles sont généralement exploitées jusqu’à l’épuisement », explique le chercheur.

Une affirmation polémique que Laurent Pahpy s’empresse d’étayer avec des exemples concrets : ainsi en Namibie, la recherche du profit a amené les propriétaires de ranchs privés à prendre soin des animaux sauvages afin d’attirer les touristes occidentaux.

Cercle vertueux

Il s’agit d’un progrès à la fois économique et écologique rendu possible grâce à l’instauration des droits de propriété privée en 1967. En effet, ces droits ont permis aux propriétaires de monétiser le capital naturel par la culture, l’élevage et le tourisme. En Afrique du Sud, le commerce de cornes de rhinocéros (pas moins de 40 000 euros le kilo !) permet aux propriétaires des animaux de financer la protection et la reproduction du mammifère.

Dans les pays occidentaux, l’augmentation des rendements agricoles permis par le développement du capitalisme permet de nourrir l’ensemble de la population tout en laissant la place à des espaces naturels plus sauvages. C’est également dans les pays les plus développés, qui ont adopté l’économie de marché, que la qualité de l’air est la plus satisfaisante et que les taux de recyclage sont le plus élevés. En revanche, « dans les pays qui refusent l’économie de marché, le non-développement économique est à l’origine des plus grands drames écologiques de notre époque », note l’expert.

Éditorialiste aux Échos, Jean-Marc Vittori va encore plus loin et affirme que seul le capitalisme peut financer l’écologie : « le capitalisme n’a jamais été aussi efficace que pour mobiliser d’énormes sommes d’argent destinées à financer des projets colossaux », explique le journaliste, en évoquant notamment les expéditions maritimes au XVIe siècle et la construction des chemins de fer au XIXe. En bref, seule l’économie de marché peut assurer le financement de la transition écologique.

EuropaCity : protéger l’environnement en dynamisant l’économie

Dans notre XXIe siècle, « rien ne semble à la hauteur de cette puissance transformatrice… sauf le plus formidable défi de l’histoire de l’humanité : le sauvetage de la planète ». Autrement dit, puisque les défis sont de taille, « seul le capitalisme est assez puissant pour financer la transition écologique et énergétique. Seule l’écologie est assez ambitieuse pour donner un nouveau projet au capitalisme ».

En Europe, cette transformation massive des modes de production, de consommation et de transport s’est engagée timidement, les entreprises privées disposant encore de peu de marges pour réaliser des investissements colossaux dans des projets novateurs. Un contre-exemple, le gigantesque projet de ville nouvelle Europacity. Ce « nouvel arrondissement » parisien représente un investissement de près de 3 milliards d’euros, pour créer ex nihilo un nouvel espace de divertissement et de loisirs dans le Val-d’Oise. Les promoteurs du projet, le chinois Wanda et le français Ceetrus prévoient d’insérer cet enchevêtrement de boutiques, de musées et d’hôtels dans un écosystème écologique et autosuffisant sur le plan énergétique. Ils annoncent ainsi la construction d’une ferme urbaine alimentée par un dispositif de récupération des eaux, la production d’énergie géothermique et solaire et l’introduction d’une faune et d’une flore diversifiées.

EuropaCity devrait attirer six millions de visiteurs uniques et 31 millions de visites par an, ce qui devrait contribuer à créer près de 10 000 emplois et générer plus de 900 millions d’euros annuels supplémentaires dans le PIB des 22 communes les plus proches. Ainsi, c’est toute la région, qui compte parmi les plus défavorisées de l’Hexagone, qui devrait en bénéficier.

Malgré cet exemple d’Europacity, l’articulation entre protection de l’environnement et croissance fait encore débat en Europe, mais en Asie, ce n’est plus le cas depuis de nombreuses années. La Chine, désormais cœur battant de « l’Économie Monde » a longtemps été conspuée pour le coût écologique de son développement : pollution de l’air, des cours d’eau… Ce qu’on sait moins, c’est que depuis 2012, le Parti communiste chinois a adopté une multitude de résolutions et de dispositifs pour faire de l’Empire du Milieu le nouveau leader mondial de la transition écologique. L’énergie du secteur privé et les capitaux accumulés ont été massivement dirigés vers des investissements et de la recherche destinés à « l’économie verte ». C’est ainsi que la Chine est devenue, en quelques années, le principal fabricant de panneaux solaires. Dans les années à venir, des projets ambitieux de « ville-forêts » (des espaces urbains fortement végétalisés) vont sortir de terre, tandis que le pays amorce sa transition énergétique, abandonnant progressivement le charbon pour les énergies décarbonées (renouvelables ou nucléaire).

 

Une politique économique qui n’est pas uniquement de la communication de la part de Pékin. Les autorités chinoises ont compris que la protection de l’environnement représente pour l’économie un secteur d’avenir, dans lequel la Chine veut avoir un rôle central à l’échelle du globe.

Une économie de marché bien articulée est donc le meilleur allié de la protection de l’environnement.

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