Filière nucléaire : pilier du mix énergétique français ?

0

Conformément aux orientations de la PPE, la récente signature d’un contrat stratégique entre le gouvernement et les acteurs de la filière nucléaire a fixé un cadre précis pour l’avenir de l’atome en France. Pour l’État français, cet engagement doit répondre aux enjeux énergétiques du pays en matière de sécurité d’approvisionnement, de décarbonation et d’économie.

Alors que les conclusions de la Programmation pluriannuelle énergétique (PPE) sont connues depuis un peu plus de deux mois, la filière nucléaire française a déjà sellé sa feuille de route pour les années à venir. Le 28 janvier 2019, François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des finances, et Dominique Minière, président du Comité stratégique de la filière nucléaire (CSFN), ont en effet signé un contrat stratégique précisant les quatre axes d’action prioritaires pour le troisième secteur industriel du pays. Pour dessiner les contours de cet accord, le CSFN spécialement créé – à l’image des 15 autres comités stratégiques de filière dans l’automobile, l’aéronautique ou le ferroviaire – s’est appuyé sur le nouveau syndicat de la filière nucléaire, le GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire), qui réunit l’ensemble des acteurs du secteur afin d’« être plus forts, toutes compétences et expertises réunies », explique Dominique Minière, également à sa tête. Cet engagement réciproque de l’État et de la filière vise à préserver le savoir-faire national et accompagner la réalisation de deux projets structurants à forts enjeux : la promotion d’une économie circulaire qui repose sur le traitement et le recyclage de 96 % du combustible (cycle fermé) ; et le développement des réacteurs et d’outils technologiques du futur, notamment à travers l’ « Usine nucléaire du futur » et l’Accélérateur PME » lancé conjointement avec BPI France.

La signature de ce contrat a visiblement satisfait l’ensemble des parties prenantes, qui se sont ouvertement réjouies de cette reconnaissance de la filière. François de Rugy a ainsi tenu à rappeler le « rôle important » du nucléaire dans la stratégie énergétique de la France. « Il ne s’agit pas, je tiens à la dire très clairement, d’une stratégie de sortie du nucléaire, [mais]d’un rééquilibrage dans lequel le nucléaire a sa place, a-t-il commenté. Nous considérons que, dans la production d’électricité en France, et sans doute en Europe et dans le monde, le nucléaire peut jouer un rôle puisqu’il présente une production totalement décarbonée. » Désormais recentré sur tout le cycle du combustible nucléaire, Orano (ex-Areva) s’est également félicité de cette signature porteuse de promesses pour ses 13 000 salariés en France, dont 800 nouvelles recrues accueillies en 2018. Cette annonce conforte également le groupe dans sa démarche de transformation digitale et de développement de solutions innovantes. « Le nucléaire est une composante indispensable du mix énergétique décarboné français, a quant à lui déclaré Dominique Minière. Dans le domaine du nucléaire, la France a développé une filière industrielle nationale robuste et complète, qui lui permet de maîtriser l’ensemble des activités liées au cycle du combustible nucléaire. […] Grâce à son parc nucléaire en exploitation, la France est aujourd’hui le pays le moins émetteur de CO2 des pays du G7 et peut s’appuyer sur son système électrique pour diminuer les émissions de CO2 dans les autres secteurs (par exemple les transports, le bâtiment). Dans un marché européen de l’électricité en crise, dans lequel les faibles prix de gros découragent les investissements, le parc nucléaire est un socle qui protège les Français des risques de rupture d’approvisionnement en électricité. »

Économie et sûreté : des indicateurs rassurants

Face à une demande croissante en électricité, la filière nucléaire apporte une réponse à plusieurs enjeux actuels et futurs du mix énergétique français, à savoir une décarbonation quasi-totale de la production électrique issue de l’atome, les tarifs les plus bas d’Europe de l’Ouest et une complémentarité avec les énergies renouvelables. « On ne peut remplacer une capacité de production d’énergie nucléaire par une capacité de production de renouvelable ; la seconde est intermittente », avait d’ailleurs insisté Emmanuel Macron lors de la présentation de la feuille de route de la PPE à l’Élysée le 27 novembre 2018. Et le ministre de la Transition écologique et solidaire de rappeler lors de la signature du contrat stratégique que le nucléaire devait être capable d’assurer « une sécurité d’approvisionnement solide et stable » en cette période de fermeture programmée de centrales à charbon en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie. « Le marché européen de l’électricité peut connaître des tensions sur le réseau électrique », prévient-il. « Nous croyons à cette filière et nous voulons lui offrir un avenir », a-t-il ajouté en opposition à toute éventualité de désindustrialisation, aux « conséquences désastreuses, politiquement, financièrement, économiquement et culturellement ». Avec 50 % des 2 600 entreprises françaises actives hors des frontières nationales, 220 000 emploi directs et indirects non-délocalisables et des marchés importants à l’étranger pour la construction d’EPR et la maintenance d’installations, la filière nucléaire constitue un secteur économique majeur pour la France, qu’il convenait de préserver.

La signature du contrat stratégique de la filière nucléaire s’inscrit également dans un niveau de sûreté et de radioprotection jugé « satisfaisant » en 2018 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Lors de sa cérémonie des vœux à la presse le 29 janvier 2019, le gendarme du nucléaire français a toutefois formulé trois attentes pour l’avenir de l’atome :  plus d’anticipation, le maintien de marges suffisantes dans les projets industriels et la sauvegarde des compétences. L’engagement du gouvernement et des acteurs de la filière intervient aussi dans le cadre du projet final de la PPE, qui prévoit de ramener à 50 % la part du nucléaire dans le mix électrique français d’ici 2035 en fermant 14 réacteurs. Toutefois, cette feuille de route n’inclut pas de fermeture définitive de sites afin de laisser à l’État la possibilité de construire de nouvelles centrales, comme l’a précisé Emmanuel Macron fin 2018. Une preuve de plus, s’il en fallait, que le nucléaire reste un pilier du mix énergétique français.

Partager.

Répondre

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Planete Business