En France, une meilleure gestion de l’eau… jusque dans les centrales nucléaires

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Vendredi 12 juillet 2019, pour éviter l’assèchement des cours d’eau dû aux récents épisodes caniculaires, des mesures de restrictions ont été prises dans 51 départements. Il y a quelques jours, Florence Denier-Pasquier, vice-présidente de France Nature Environnement, annonçait d’ailleurs que le réchauffement climatique, en France, pourrait entraîner une baisse de 10 à 40 % du début moyens des cours d’eau. Dans ces circonstances, comment les centrales nucléaires anticipent ces pénuries d’eau ?

Conséquence du dérèglement climatique aussi bien que de nos pratiques parfois déraisonnables, la gestion de l’eau et les politiques y afférentes reviennent de plus en plus souvent sur le devant de la scène. Pour tirer la sonnette d’alarme la plupart du temps. La France n’y coupe pas : il y a quelques semaines, avaient lieu les assises de l’eau, pilotées par Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique, lors desquelles un « pacte » de 23 mesures visant à mieux gérer l’ « or bleu » dans l’Hexagone a été adopté. « Il faut arrêter de considérer l’eau comme une ressource inépuisable », a déclaré à l’occasion François de Rugy, qui espère faire chuter les prélèvements d’eau de 10 % d’ici 2025 et de 25 % en 15 ans.

1 milliard de mètres cubes

Même son de cloche du côté de Florence Denier-Pasquier, vice-présidente de France Nature Environnement, interrogée par Libération « Nous faisons face à une augmentation de la température globale entre +2 et +5 °C suivant les efforts que nous sommes prêts à faire. En France, cela devrait entraîner une baisse de 10 % à 40 % du débit moyen des cours d’eau. » La raison est simple : l’air se réchauffe d’année en année, faisant s’évaporer l’eau plus rapidement ; « Moins d’eau dans les sols, cela veut aussi dire moins d’eau dans les nappes phréatiques, car elles ne se rechargent que lorsque les sols sont saturés d’eau », ajoute Florence Denier-Pasquier. Qui anticipe que « l’eau pourrait venir à manquer dans des villes »

Et dans les centrales nucléaires ? Ces installations utilisent de grandes quantités d’eau pour refroidir leurs circuits, mais également constituer des réserves pour réaliser des appoints ou disposer de stockage de sécurité, ou encore alimenter les circuits de lutte contre les incendies. Ainsi, chaque année, en cas de forte chaleur, certains ne se privent pas de tacler EDF, l’exploitant des centrales en France, estimant que bon fonctionnement (donc utilisation importante d’eau) des installations et respect de l’environnement ne peuvent aller de concert. Il est vrai que les réacteurs sont gourmands en eau, puisqu’annuellement, en moyenne, le volume nécessaire au fonctionnement de leur circuit de refroidissement est compris entre… 50 millions et 1 milliard de mètres cubes.

Sauf que, manque de chance pour les antinucléaires, les centrales doivent respecter un cahier des charges scrupuleux. A l’intérieur duquel l’eau a une place importante. Et c’est bien normal, puisqu’il est inconcevable d’envisager l’activité nucléaire sans cette ressource. Une centrale utilise d’ailleurs 3 circuits d’eau indépendants : le circuit primaire pour extraire la chaleur issue de la fission nucléaire ; le circuit secondaire pour créer de la vapeur qui servira ensuite à produire de l’électricité ; enfin, le circuit de refroidissement pour condenser la vapeur et évacuer la chaleur. Qu’elle soit prélevée dans la mer ou dans les fleuves et rivières, l’eau peut être ensuite rejetée « à la source ».

« Réduire notre consommation »

En pratique, si ce cheminement fait grimper la température des cours d’eau, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme du nucléaire en France, prévoit des limites à ne pas dépasser et délivre des autorisations en bonne et due forme à EDF. Et dès lors que le respect de ces limites n’est pas garanti, en cas de canicule, ce dernier a l’obligation de baisser la puissance, voire d’arrêter ses installations afin de réduire les prélèvements d’eau et les rejets thermiques. En revanche, pas d’inquiétude à avoir, au niveau de la sûreté des installations, puisqu’après l’accident de Fukushima (Japon) en 2011, EDF et l’ASN se sont entendus sur des améliorations techniques à apporter. Comme, par exemple, la mise en place de l’Appoint ultime en eau (APU).

« On considère que les modifications engagées par EDF sont suffisantes pour gérer la situation, même si les épisodes caniculaires se reproduisent », estime ainsi Olivier Dubois, adjoint du directeur de l’expertise de sûreté de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaires (IRSN), l’organisme qui effectue des recherches et analyses scientifiques en la matière. Et il a du pain sur la planche, vu la propension de certains à véhiculer des informations volontairement et excessivement alarmantes, à propos du nucléaire – en l’occurrence, ici, de la gestion de l’eau par les centrales. Plus étonnant, des médias versent également dans le sensationnalisme en titrant sur la « menace » que représente la « pénurie de l’eau ».

Ce faisant, ils oublient de mentionner que les ingénieurs s’échinent à trouver des solutions toujours plus respectueuses de l’environnement. Comme à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher), où « nous utilisons l’eau de la Loire pour alimenter les différents circuits [et]recherchons en permanence de nouvelles mesures pour réduire notre consommation », fait savoir Laurent Beddelem, ingénieur d’appui laboratoire et service technique à Saint-Laurent-des-Eaux. Qui estime que les mesures imaginées et/ou mises en place « nous permettront de réduire notre consommation [d’eau] de près de 10 % ». De quoi satisfaire le gouvernement, qui traque désormais les utilisateurs peu scrupuleux d’ « or bleu ».

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