Bâtiment : mieux maîtriser les coûts de construction pour une meilleure efficacité énergétique

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Alors qu’une nouvelle réglementation sur la construction neuve doit voir le jour en 2020 sous le nom de RE2020, le défi est triple pour le gouvernement afin de concilier performance énergétique, environnementale et économique. Histoire de ne pas reproduire les mêmes erreurs que la précédente réglementation…

Le bâtiment concentre 44 % de l’énergie totale consommée en France (chauffage, eau chaude, équipements). Il est également responsable de 27 % des émissions de CO2, soit plus que le transport (25 %) et l’industrie agro-alimentaire (19 %).
L’enjeu est donc de taille pour le gouvernement, qui planche actuellement sur une nouvelle réglementation énergétique : la future RE2020. Car pour atteindre les objectifs fixés par la loi sur la transition énergétique, la France s’est engagée à réduire ses émissions de CO2 de 40 % d’ici 2030 et de 85 % d’ici 2050.. Pour le secteur du bâtiment, la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) a fixé à 54 % l’objectif de réduction des émissions carbone dès 2028. La RE2020 doit donc y contribuer tout en maîtrisant l’impact économique afin de ne pas augmenter plus encore le déficit de logements en France. Un projet ambitieux, mais est-il seulement réaliste ?

Les ratés de la RT2012

Si le doute est permis, c’est parce que les promesses de la précédente réglementation thermique, la RT2012, n’ont vraiment porté leurs fruits. En voulant limiter la consommation d’énergie primaire à 50 kWh/m2/an dans les nouveaux bâtis, le texte de référence a fait bondir les coûts de construction des maisons individuelles et de logements collectifs de 9 à 14 % selon le Commissariat général du développement durable (CGDD), et de 15 à 20 % selon les constructeurs. Le gouvernement avait pourtant prévu une augmentation de 7 à 8 %. Résultat : le nombre de constructions a chuté de 10 % par an en moyenne entre 2011 et 2014, selon le SDES (Service statistique du ministère en charge de la Ville et du Logement). Cette tendance continue d’ailleurs en 2018 avec 7 % de permis de construire délivrés en moins qu’en 2017. Pire : l’objectif initial de diminution des émissions carbone serait loin d’être atteint. La raison : l’exécutif a volontairement favorisé les énergies fossiles comme le gaz et le GPL dans la construction de nouveaux bâtiments.

Equipements électriques, stockage, IA… : des solutions existent

Si les équipements fonctionnant aux énergies fossiles continuent d’occuper 60 % des foyers français, les solutions bas carbone seraient tout aussi compétitives en termes d’efficacité énergétique. À investissement égal, un appartement de 60 m2 fonctionnant à l’électricité consommerait 42 % d’énergie en moins, émettrait 56,8 % de CO2 en moins et coûterait 26,6 % moins cher à alimenter que son équivalent au gaz. Grâce aux progrès des pompes à chaleur et des technologies de récupération de chaleur, l’utilisation de chaleur renouvelable ferait même économiser entre 30 et 40 % sur la facture thermique par rapport à un logement chauffé au gaz. Ces progrès se combinent à ceux du stockage de l’énergie et de l’intelligence artificielle pour maîtriser et optimiser la consommation électrique de l’habitat. « Il faut savoir gérer l’incertitude sur la météo mais aussi des personnes, suggère Étienne de Rocquigny, conseiller scientifique au sein d’Accenta, spécialiste du stockage d’énergie. […] Il faut pouvoir stocker, et le sol est un réservoir naturel. Il faut avoir des algorithmes apprenants car ils permettent de mieux comprendre comment les gens vivent. Avec le stockage et l’intelligence artificielle, on peut conjurer l’incertitude. Alors, on peut entrer dans une démarche de garantie de résultats. » Pourtant, les solutions électriques (PAC ou radiateurs électriques dernière génération) représentent à peine 10 % des solutions choisies par les Français pour les logements collectifs neufs… La future RE2020 doit-elle alors favoriser l’électricité ?

Experts et associations mobilisés pour un retour de l’électricité

C’est en tout cas ce que préconisent experts et associations, qui demandent publiquement une correction en faveur de l’électricité. « Quand on veut sortir des énergies fossiles, il est paradoxal de demander plus d’efforts à l’électricité décarbonée produite sur le territoire national qu’aux énergies fossiles importées. » plaide ainsi l’ancien ministre de l’Écologie Brice Lalonde dans une tribune. Et les solutions existent selon lui : « un ensemble de solutions propres et économes, allant de la pompe à chaleur aux radiateurs connectés et intelligents, seront davantage accessibles aux Français, leur permettant ainsi de se désintoxiquer des énergies fossiles, tout en participant à la réussite des objectifs climatiques. »

Même son de cloche du côté de Stanislas Pottier, président de l’association pour le développement du bâtiment bas carbone (BBCA). « Ce n’est pas vraiment compréhensible de continuer à avoir des alimentations fossiles privilégiées dans le bâtiment au détriment de l’électricité, affirme-t-il. Aujourd’hui, tout a considérablement changé. Il y a des choses plus intéressantes et respectueuses de l’environnement comme les réseaux de chaleur ou de froid, les pompes à chaleur par exemple, surtout dans un pays comme la France à l’électricité décarbonée. […] Il est donc tout à fait logique […] que dans la RE2020, l’électricité soit bel et bien valorisée au regard du défi bas carbone. » Pour que la filière bâtiment réussisse sa transition énergétique, l’instauration d’une réglementation plus favorable aux énergies bas carbone ne suffira toutefois pas sans la participation active de tous les acteurs du secteur (investisseurs, professionnels, collectivités, communauté scientifique et citoyens), conclut le Livre blanc du bas carbone : la nouvelle manière de construire.

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