Déchets radioactifs : une gestion efficace et différenciée

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Le débat public relatif au Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs s’achèvera le 25 septembre 2019. Ouvert à tous, il a déjà vu de nombreuses contributions de citoyens désireux de donner leur opinion sur un ou différents aspects de la gestion des déchets radioactifs. Comme toujours avec l’industrie nucléaire, la controverse est bien présente, mais cet exercice est aussi intéressant, car il permet d’apprécier les efforts qui ont été faits par les professionnels du secteur sous l’impulsion des pouvoirs publics. Ainsi, la gestion des matières et déchets radioactifs est une industrie mature.

Depuis 2007, la question du futur des matières et déchets radioactifs est posée à haute voix et chacun est libre de donner son avis. Bien évidemment, les positions publiées dans le « cahier d’acteur » par les organismes et entreprises en lien direct avec ce secteur sont lues avec attention, mais le débat va bien au-delà avec de nombreux citoyens qui n’hésitent pas à prendre la plume pour partager leur sentiment. La cinquième édition du Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR) vise comme ses prédécesseurs à trouver les meilleures solutions de gestion, de stockage et d’entreposage afin que le cycle du nucléaire soit sûr, mais aussi transparent jusqu’à sa dernière étape.

Avec un tel débat tenu tous les trois ans et un travail de fond qui se poursuit sans relâche, les résultats déjà obtenus sont plus qu’encourageants pour l’industrie nucléaire française. Reconnue à l’international, elle sert de modèle pour les pays qui ont opté pour le traitement des matières et déchets radioactifs à l’image de la Belgique ou même du Japon. La filière traite même des déchets venus de l’étranger qui sont renvoyés dans leur pays d’origine une fois ce travail effectué. Un savoir-faire d’autant plus avéré que les déchets radioactifs englobent des situations très diverses.

Une industrie de précision

La construction d’un parc nucléaire – quelque soit sa taille – implique la création d’une filière en charge de la gestion des déchets. A ce titre, la France a plusieurs décennies d’expérience, mais il est évident que le PNGMDR a beaucoup contribué à son amélioration. La difficulté est presque palpable puisqu’on dénombre généralement six grandes catégories de déchets. Le classement se fait en fonction du niveau de radioactivité et de la « durée de vie » de ces déchets. Ainsi, au bas de l’échelle se situent les déchets à très courte vie et ceux à très faible activité (TFA) tandis que le haut de la pyramide est constitué des déchets de haute activité et à vie longue (HAVL).

Sans surprise, ce sont ces déchets HAVL qui suscitent le plus grand intérêt auprès des médias et du grand public quand bien même ils ne constituent que 0,2 % du total des déchets. Cet intérêt se vérifie avec le débat houleux au sujet du Centre industriel de stockage géologique – plus connu sous l’appellation Cigéo – porté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Ce site appelé à voir le jour dans la Meuse doit contenir les déchets HAVL sous une couche géologique de 500 mètres de profondeur après avoir été préalablement emballés. La création de ce site unique en France sera le fruit de recherches entamées en 1991 et des retours d’expérience à l’étranger. Malgré l’unanimité des scientifiques pour affirmer que le stockage en couche géologique profonde est le meilleur moyen de contenir les déchets les plus radioactifs et à la durée de vie la plus longue, le projet est l’objet de nombreuses protestations sur le terrain.

Dans le « cahier d’acteur » publié par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), il est bien précisé que « les déchets de faible activité à vie longue (FA-VL) et les déchets de haute et moyenne activité à vie longue (HA/MA-VL) » n’ont pas vocation à rejoindre le site de Bure, car « le stockage géologique de type Cigeo apparait disproportionné techniquement et économiquement ». Ainsi, contrairement à ce que certains militants écologistes laissent à penser, le stockage en couche profonde est une mécanique de précision et non pas une décharge où tous les déchets seraient enfouis loin des regards et sans contrôle. 

Des pistes d’amélioration de fin de cycle

Le Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs vise à apporter les solutions techniques les plus adéquates, mais aussi à répondre aux inquiétudes de citoyens dont la seule évocation du terme radioactivité suscite une certaine angoisse. Dans le “cahier d’acteur” que chacun d’entre eux a rédigé à l’occasion du PNGMDR, ils proposent des solutions concrètes, des pistes à envisager afin d’améliorer la gestion des déchets. Ainsi, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives se penchent notamment sur la question des déchets très faiblement actifs (TFA). Ce type de déchets représente environ 30 % du total des déchets traités et ils prennent par conséquent beaucoup de place dans les différents sites d’entreposage et de stockage.

Après leur traitement, ces TFA sont envoyés au Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (Cires) lui aussi géré par l’Andra. Ces déchets sont généralement issus du démantèlement d’installations nucléaires. Ils sont donc voués à se multiplier grandement au cours des prochaines décennies au gré des fermetures de centrales jugées trop vieilles. Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives propose que « la piste technique de la fusion-valorisation des déchets métalliques TFA soit approfondie ». Les déchets métalliques de type TFA représentent 41 % des TFA et le CEA souhaite que ces derniers soient recyclés par l’industrie métallurgiques « et ainsi valorisés pour d’autres usages ». A condition qu’un « seuil de libération » soit établi « comme dans d’autres pays d’Europe ».

Cette position est partagée par EDF dans son “cahier d’acteur”. L’énergéticien souligne que le démantèlement des centrales aujourd’hui en fonctionnement « produira 225 000 tonnes de matériaux métalliques TFA dus au démontage des circuits et composants électromécaniques des centrales ». EDF s’interroge sur la nécessité d’envoyer de telles quantités sur le site de Cires alors que ce dernier est « déjà rempli à 50% par des déchets dont une part significative a une radioactivité négligeable et ne nécessite aucune mesure de radioprotection ». Ces réflexions sont utiles, car elles permettent d’anticiper les besoins et d’améliorer l’ensemble du système de retraitement et de gestion des matières radioactives.

Parmi elles, on compte les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) qui représentent 60 % du total des déchets. Ces derniers sont majoritairement constitués d’équipements classiques (gants, vêtements, instruments et outils) contaminés lors de leur utilisation en centrale ou dans des hôpitaux et laboratoires de recherche. Ils sont stockés dans des enveloppes métalliques sur un site géré par l’Andra, à l’image de 90 % des déchets radioactifs à la durée de vie courte. A chaque type de déchet son traitement et sa solution de stockage, mais le débat public relatif au Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs montre que rien n’est figé et que des progrès sont attendus dans certains domaines.

Ces améliorations constantes dans la gestion opérationnelle permettent notamment d’éviter tout incident dommageable pour l’environnement ou la santé de la population. Il s’agit là d’une obligation morale et légale dont le coût économique n’est finalement pas important. Le recyclage a, en effet, prouvé son intérêt dans ce domaine (notamment pour les combustibles) et renforce ainsi la compétitivité d’une énergie nucléaire qui a le double avantage de produire une électricité peu chère et bas-carbone.

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