Christine Lemaire (SFAM) : « Il est nécessaire de revaloriser les métiers mal aimés »

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Bien rémunérés, enrichissants et porteurs de sens, certains métiers boudés par les Français ont pourtant de nombreux atouts à faire valoir, c’est en tout cas l’avis de Christine Lemaire, directrice des ressources humaines de l’entreprise SFAM.

« C’est dramatique dans un pays qui compte 5 millions de chômeurs d’avoir des difficultés de recrutement », regrette Michel Athimon, coordinateur du réseau des ambassadeurs de l’Alliance Industrie du Futur.  Dans le secteur industriel, près de 200 000 postes sont à pourvoir chaque année. « Les entreprises cherchent à recruter, mais elles ne trouvent pas les compétences dont elles ont besoin. Cette situation est principalement due à la mauvaise image que les gens ont de l’industrie, ils pensent pollution, pénibilité », analyse le responsable.

Le cas de l’industrie est loin d’être isolé, comme le rappelle Christine Lemaire, DRH de la société d’assurances SFAM. Les métiers de services et du tertiaire peinent également à séduire les candidats. Les difficultés de recrutement des entreprises sont de plus en plus nombreuses. Selon l’enquête « Besoins en main-d’œuvre » (BMO), réalisée par Pôle emploi, 50,1 % des recrutements sont ainsi jugés difficiles par les entreprises en 2019, contre 44,4 % en 2018 et 37,5 % en 2017.

La faute à un manque d’informations et à des préjugés tenaces, explique Christine Lemaire, qui conduisent à une perception faussée de nombreux métiers, jugés « mal rémunérés, trop difficiles, peut “attrayants” ni épanouissants, socialement dévalorisés… ».

Des métiers essentiels au succès de l’entreprise

Pour la DRH de SFAM, il y a urgence à revaloriser ces métiers, souvent indispensables au succès de l’entreprise. Les fonctions commerciales, au premier rang desquelles le métier de téléconseiller, sont emblématiques de ces emplois à l’image dégradée. À tort, pour Christine Lemaire, qui soutient que ce « métier de service », dont le principal objectif est l’accompagnement client, procure « un sentiment d’accomplissement et une véritable satisfaction à qui aime mettre son énergie au service d’autrui ». Sans compter les opportunités d’évolution vers des postes d’encadrement.

Même son de cloche en ce qui concerne l’hôtellerie-restauration. Alors que les métiers du secteur souffrent d’une réputation de précarité, en raison de la saisonnalité, des horaires décalés et de la faible qualification,  pour Jean-Luc Michaud, président de l’Institut français du tourisme, il s’agit là d’une vision « totalement erronée des métiers d’accueil. Par exemple, un réceptionniste doit être un expert dans la relation client, maîtriser plusieurs langues et connaître parfaitement l’usage des outils numériques ».

Secteur clé de l’économie, le tourisme représente « 7 % du PIB, deux fois plus que l’automobile, et pour des emplois non délocalisables », souligne pour sa part Lionel Walker, délégué général de la Conférence des formations d’excellence au tourisme. Malgré tout, « le secteur manque de visibilité. Au moment des choix d’orientation des lycéens, le tourisme subit une vision très éloignée de la réalité qu’ont les responsables d’orientation et les familles », ajoute l’expert.

Restaurer l’attractivité des filières professionnelles

S’attaquer à la question de l’orientation et à la revalorisation des formations professionnelles est indispensable aux yeux de nombreux acteurs, ainsi que l’explique Hubert Mongon, délégué général de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). « Alors que les carnets de commandes se remplissent, il y a urgence à restaurer l’attractivité et l’image des filières professionnelles dans le regard des lycéens ». Dans l’industrie, les formations en alternance sont accessibles du CAP au diplôme d’ingénieur. Avec un taux d’insertion professionnelle qui frôle les 90%, elles constituent un véritable tremplin vers l’emploi.

C’est justement pour former vers l’emploi qu’un Plan d’investissement dans les compétences (PIC) a été lancé il y a un an par le gouvernement. Ce plan prévoit de former un million de chômeurs et un million de jeunes éloignés de l’emploi. L’objectif est double : faire en sorte que personne ne soit laissé « au bord de la route » et adapter le système de formation pour soutenir la compétitivité des entreprises, en satisfaisant la demande autour des métiers en tension.

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