Grand carénage : l’enjeu de la maintenance du parc nucléaire français

0

Destiné à prolonger la durée de vie des centrales nucléaires, le Grand carénage fait de la maintenance des réacteurs un enjeu central pour le parc français. Pour faire face à des besoins importants, EDF sous-traite la majeure partie de ces opérations, tout en gardant un niveau de contrôle élevé. 

Entre Orano et EDF, on parle le même langage. Depuis longue date, les deux géants du nucléaire français ont établi une collaboration étroite, qui se prolonge plus que jamais aujourd’hui. Le 21 octobre 2019, l’ex-Areva a annoncé la signature d’un nouveau contrat de près de 100 millions d’euros avec EDF. Par cet accord, l’entreprise qui se concentre désormais sur le traitement et le recyclage des combustibles usés s’engage pour les cinq prochaines années à apporter son expertise sur les centrales nucléaires de Paluel (Seine-Maritime), Civaux (Vienne) et Gravelines (Nord). Au programme : travaux de radioprotection, de conditionnement des déchets, de gestion de l’outillage, d’installation et de retrait d’isolants thermiques ainsi que d’échafaudages… Pour réaliser ces missions, ce prestataire s’appuiera sur deux sous-traitants spécialisés dans l’atome : Aris et Samsic. Pour Alain Vandercruyssen, Directeur des activités Démantèlement et Services du groupe Orano, « ce contrat incarne notre ambition de développement dans les services pour l’industrie nucléaire. La confiance que nous témoigne EDF, principal opérateur nucléaire au monde, est un gage de reconnaissance du savoir-faire de nos équipes présentes au quotidien sur le parc nucléaire, que ce soit pour des missions de logistique de chantier ou de la maintenance d’équipements sensibles ». Un tel fonctionnement multipartite constitue la norme dans un secteur nucléaire en pleine transition.

Face au vieillissement de la première génération de centrales mises en service à la fin des années 1970, la troisième industrie française (220 000 emplois) s’est engagée dans un gigantesque programme de rénovation de ses installations : le Grand carénage. Le but : prolonger la durée de vie de ses réacteurs, initialement prévus pour 40 années d’exploitation, qui fournissent encore plus de 70 % de l’électricité consommée en France. Alors pour y parvenir et satisfaire aux normes de l’État, EDF met l’accent sur la qualité de la maintenance de ses centrales.

Maintenance : de quoi parle-t-on vraiment ?

Dans sa définition la plus commune, la maintenance désigne « l’ensemble des actions permettant de maintenir ou rétablir un bien dans un état spécifié ou en mesure d’assurer un service déterminé », rappelle Jean-Pierre Hutin, ex-directeur technique du parc nucléaire d’EDF. Cela inclut la surveillance, l’entretien courant, les réparations, rénovations ou remplacements, cite l’ancien responsable national. Dans ce domaine comme dans celui de la santé, on distingue deux types d’actions : la maintenance préventive, qui répond soit à un calendrier bien précis (systématique), soit à l’apparition de signaux qui déclenchent l’intervention (conditionnelle), précise Jean-Pierre Hutin ; et la maintenance corrective, qui comme son nom l’indique vise à corriger les dysfonctionnements suite à leur constatation.

Mais la nuance entre les deux peut se révéler ténue, en particulier dans des systèmes aussi complexes que les installations nucléaires aux interconnexions nombreuses… Heureusement, avec l’avènement de la big data et de l’intelligence artificielle, de plus en plus de robots viennent assister les techniciens de maintenance dans leurs tâches de surveillance, notamment. Ce travail de maintenance concerne l’ensemble des éléments matériels d’une centrale, qui peuvent tous être changés à l’exception de la cuve et de l’enceinte. Il prend toute son ampleur au moment des arrêts forcés des réacteurs pour les opérations de rénovation et d’inspection, qui durent généralement huit mois. Alors en pleine période de Grand carénage, les équipes d’EDF et ses partenaires sont régulièrement mobilisés en nombre sur les sites des centrales préparant leur quatrième visite décennale.

La maintenance au coeur du Grand carénage et de l’indépendance électrique française

Lancée en 2011, le programme de rénovation du parc nucléaire français a réellement débuté en 2014 et doit se poursuivre jusqu’en 2025. Il nécessitera plus de 100 milliards d’euros d’investissements au total, des études d’ingénierie à la mise en œuvre sur site. Les travaux de maintenance sont justement au cœur de cette démarche, puisque leur fréquence augmente avec le vieillissement des installations. Ces interventions nécessitent souvent l’arrêt des réacteurs, et donc de la production électrique. Pour réduire la durée de ces coupures, EDF a investi dans un centre de pilotage pour mieux anticiper et faciliter les opérations de maintenance. Avec au moins 10 % d’interventions en moins, l’initiative s’est déjà révélée efficace, soulignait le rapport annuel de la Cour des comptes en 2016. Le rendement des réacteurs constitue un enjeu de taille pour la France, dont l’indépendance électrique repose sur la bonne santé de son parc nucléaire. Depuis 2002, aucun nouveau réacteur n’a été construit. Et la mise en service de l’EPR de Flamanville ne devrait pas intervenir avant 2022. La réussite du Grand carénage est donc capitale pour préserver la sécurité d’approvisionnement du système électrique français.

Dans cette optique, le prolongement de la durée de vie des réacteurs de 900 et 1300 MW au-delà de 40 ans n’est pas utopiste, au contraire. Plusieurs pays comme la Suède, la Suisse, la Belgique et les Pays-Bas ont décidé d’exploiter leurs centrales jusqu’à 60 ans. C’est également le cas pour 71 des 100 réacteurs en exploitation aux États-Unis, où l’on étudie même la possibilité de les pousser jusqu’à 80 ans…

Le poids de la maintenance, source d’une importante externalisation

Si la France n’en est pas encore là, l’intensification du travail de maintenance a déjà commencé. Depuis 20 ans, EDF fait appel à des entreprises spécialisées comme Alstom/GE, Schneider Electric, Orano, Vinci ou encore Bouygues pour prendre en charge la majeure partie de ces opérations. Cet appel à la sous-traitance répond à un triple besoin en matière de maintenance. Elle sert à fournir des compétences rares ou très pointues, comme dans la robinetterie ou la chaudronnerie par exemple.

La sous-traitance permet également de mobiliser une main-d’œuvre qualifiée en grand nombre et sur des délais courts, comme lors d’une visite décennale, qui peut en effet nécessiter l’intervention de plus de 1 500 professionnels de différents corps de métier. Enfin, elle permet de disposer de personnels qualifiés en permanence sur le site pour gérer la logistique, le nettoyage, la manutention et autres tâches spécifiques. Ce poids de la maintenance suppose une externalisation importante de différentes missions, confiées à 80 % à des entreprises extérieures. Car si la production d’électricité en France a un coût, elle ne s’opère pas à n’importe quel prix…

Partager.

Répondre

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Planete Business