Coronavirus : les banques jouent les amortisseurs

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Face à la tempête financière déclenchée par la propagation du Coronavirus, les banques font front pour maintenir à flot notre économie et ses acteurs, notamment les plus petits.

Solidité. La crise financière de 2008 aura eu du bon : les différentes mesures prises en conséquence par les autorités financières (obligation d’augmenter ses fonds propres, amélioration du ratio de solvabilité, etc.) afin de tirer un trait sur cet épisode, ont en effet permis de renforcer nos banques, à tel point qu’elles sont aujourd’hui l’un des « maillons clés pour contenir la crise du coronavirus », titrait Le Figaro, le 19 mars dernier.

« Nous sommes face à une situation inverse à 2008, avec des banques qui entrent dans cette crise avec des bilans très sains. Tout l’enjeu, au-delà des questions sanitaires, est de préserver les capacités de production », déclarait, jeudi 19 mars, Frédéric Oudéa, le Directeur Général de la Société Générale et président de la Fédération bancaire française (FBF) sur BFM.

Fortes d’une solidité retrouvée, les banques françaises ont dès lors cherché à rassurer les acteurs économiques, notamment les plus petits, en promettant de les accompagner au cas par cas. Prêts à bas prix, report des remboursements, procédures accélérées et suppression de certaines pénalités… autant de dispositifs devant permettre aux entreprises françaises de limiter l’impact du coronavirus sur leurs activités.

« Les banques ont indiqué à Bruno Le Maire leur totale mobilisation afin d’accompagner leurs clients, notamment TPE et PME, face à d’éventuelles difficultés résultant du développement de l’épidémie de coronavirus pouvant impacter temporairement leur activité », pouvait-on ainsi lire dans un communiqué publié début mars par la Fédération bancaire française (FBF).

De son côté, la Banque Centrale européenne (BCE) a divulgué, dans la nuit du 18 au 19 mars, un plan d’urgence prévoyant de mener des rachats de titres pour 750 milliards d’euros, soit six fois plus que ce qui avait été annoncé la semaine passée. Une enveloppe qui vient donc s’ajouter aux 120 milliards d’euros déjà débloqués quelques jours plus tôt par l’institution à destination des banques, à qui elle prête désormais à des conditions particulièrement avantageuses, afin de favoriser l’accès au crédit des petites et moyennes entreprises les plus touchées par la crise. Des décisions saluées par le monde financier qui juge la BCE à la « hauteur des enjeux ».

L’œil vigilant des autorités

Hier sur le banc des accusés, aujourd’hui hissées au rang de messie, les banques françaises ont vraisemblablement retenu la leçon de la crise de 2008. Toutes ? Non… Le Crédit Mutuel Arkéa, une filiale du Crédit Mutuel, cherchait ainsi depuis plusieurs années à faire cavalier seul et à quitter la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. Et ce au détriment de sa solidité financière.

Une sortie de route qui, au regard de la crise actuelle, aurait pu lui être fatale — et plus encore à ses clients — elle qui a déjà été contrainte de recapitaliser en urgence sa filiale d’assurance-vie, Suravenir, pour faire face au maintien des taux bas, en fin d’année 2019. Là encore, les clients de la banque peuvent remercier la Banque Centrale européenne, qui n’a jamais cherché à faciliter la mise en place du projet d’indépendance d’Arkéa, notamment en raison des risques qu’il représente pour la santé financière de la banque.

La BCE veille ainsi au grain depuis la crise de 2008. Le Crédit Mutuel Arkéa n’est pas la seule banque à avoir fait l’objet de remontrances de la part de l’institution européenne : en début d’année, 6 banques de la zone euro supervisées par la BCE se sont ainsi vues sommer d’augmenter leurs fonds propres dans les plus brefs délais. Celles qui se sont empressées de rentrer dans le rang ont vraisemblablement sauvé leur tête.

Convergence d’intérêts

Par ailleurs, si les banques françaises se montrent aujourd’hui particulièrement sensibles à la cause des petites et moyennes entreprises, ce n’est pas par pur altruisme. Celles-ci ont en effet tout intérêt à ce que la grande majorité de ces entreprises survivent à cet épisode. Leur principale crainte est l’augmentation de leur portefeuille client en défaut de paiement. « Ce qui nous fait peur, ce sont les entreprises les plus endettées. Si le cashflow n’est plus là, [en raison d’une baisse de la production causée par les pannes d’approvisionnement, ndlr]pour rembourser l’emprunt, cela pose problème », confiait ainsi un banquier dans les colonnes de La Tribune.

« Actuellement le taux de défaut est extrêmement bas. Pour les grandes banques, il oscille entre 5 et 6 % en équivalent des revenus. Si la crise sanitaire s’aggrave, nous pouvons facilement imaginer un doublement de ces pertes », estime un expert du secteur. Dès lors, si les banques peuvent limiter l’impact du Coronavirus sur notre économie, elles ne pourront vraisemblablement pas le faire éternellement.

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