Perte d’exploitation : le cartel des assureurs dans l’œil du cyclone

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Un coup de pied dans la fourmilière. La récente annonce du Crédit Mutuel, suivi par d’autres bancassureurs, de venir en aide à ses assurés, même si leurs contrats ne le prévoient pas, a déclenché l’ire des assureurs généraux. Symbole de leur habituelle mainmise sur le secteur.

L’annonce du Crédit Mutuel de prendre en charge les pertes d’exploitation liées au Coronavirus subies par leurs assurés, même si celles-ci ne sont pas couvertes par leurs contrats, a suscité l’émoi chez les assureurs généraux (Groupama, Generali France, etc.) qui, piqués au vif, n’ont pas manqué de réagir, avec véhémence.

« concurrence déloyale »

Un courrier adressé à Florence Lustman, la présidente de la Fédération française de l’assurance (FFA), signé par ses deux vices présidents, Jean-Laurent Granier, PDG de Generali France, et Thierry Martel, DG de Groupama, fait ainsi office de déclaration de guerre en bonne et due forme : « la prime [de 1 500 à 20 000 euros, annoncée par le Crédit Mutuel]pourrait potentiellement être considérée comme une campagne de communication trompeuse et mensongère ayant pour unique objectif de minorer les indemnités réellement et contractuellement dues aux assurés tout en tirant un bénéfice d’image parfaitement indu », dénoncent les deux hommes. Qui qualifient cette annonce d’« entorse extrêmement grave à la déontologie de la profession, un préjudice majeur pour tous ses acteurs et une inacceptable concurrence déloyale ».

En parallèle, l’Agéa, la fédération qui représente les agents généraux d’assureurs comme Axa, Generali ou Allianz, a de son côté annoncé avoir saisi l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), pour une situation qu’elle qualifie de « moralement choquante et juridiquement extrêmement grave ».

De son côté, le président du Crédit Mutuel, Nicolas Théry, a sobrement affirmé qu’il « ne souhaite pas entrer dans la polémique. Le contrat est clair, il n’y a aucune ambiguïté à l’égard de nos assurés. Il exclut les dommages créés par des micro-organismes, dont le Covid-19 fait partie. Notre responsabilité morale est de venir tout de suite en aide à nos assurés en versant tout de suite notre prime de relance mutualiste : ils en ont grandement besoin ».

Fausse alerte

Des propos confirmés ce matin par le Rédacteur en chef de News Assurances Pro, Florian Delambily. Au sujet de la rumeur selon laquelle les Assurances du Crédit Mutuel et le CIC verseraient les primes annoncées qu’en cas de renonciation de leurs clients aux garanties pertes d’exploitation de leurs contrats, ce dernier, preuve à l’appui, affirme en effet qu’« il n’en est rien ». De quoi mettre un terme aux dénonciations émanant des assureurs généraux.

Mais pas à la guerre : les bancassureurs auraient en effet communiqué à leurs membres comment résilier leur assurance afin de passer chez eux. Et ils ont été entendus : le Syndicat Femmes Chirurgiens-Dentistes (SFCD) a ainsi alerté ses adhérentes sur « une opportunité pour tous les assurés au titre de la perte d’exploitation » et est même allé plus loin en mettant en ligne un « courrier type ». De quoi cristalliser un peu plus les tensions du secteur.

Les consommateurs ont choisi leur camp

Principaux concernés, les clients s’estimant floués par leurs assureurs sont de plus en plus nombreux. L’annonce des bancassureurs, ainsi que la triste réaction des assureurs, devraient dès lors finir de les convaincre de faire jouer la concurrence : « refus de mon assurance de couvrir la perte d’exploitation suite à la pandémie. Vraiment je ne vois pas pourquoi je continue à payer une assurance, je n’ai jamais eu gain de cause », déplore ainsi une internaute, tandis qu’un autre demande ouvertement s’il y a « la même chose » que ce qui a été mis en place par les bancassureurs concernant la prise en charge des pertes d’exploitation chez GAN Assurances.

D’autres encore condamnent purement et simplement la réaction des assureurs : « des bancassurances aident des sinistrés pour leur sortir la tête de l’eau et c’est super. D’autres, comme l’Agea, sont heureux, car la FFA lance des procédures disciplinaires ? Pour sauver ceux qui abandonnent leurs clients pros comme Axa et Generali France ? », s’irrite ainsi un internaute sur Twitter, en réponse à l’Agea, après l’annonce de saisie de l’ACPR. Un feuilleton riche en rebondissements qui devrait continuer de faire l’actualité dans les prochains mois.

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