Crédit Mutuel Arkéa : l’indépendance aux oubliettes ?

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En annonçant « prendre du recul », Jean-Pierre Denis, le président du Crédit Mutuel Arkéa, semble mettre un terme aux velléités d’indépendance de la banque bretonne qu’il nourrissait depuis plusieurs années.

« Je vais désormais prendre du recul »

Le départ de son directeur général en février 2020 suivi de la polémique grandissante autour de sa rémunération variable, accompagnée de l’intransigeance de la Confédération nationale du Crédit Mutuel sur la question, auront conduit Jean-Pierre Denis à prendre ses distances avec la gouvernance du Crédit Mutuel Arkéa : « j’ai décidé de me concentrer sur des fonctions de président du conseil d’administration du groupe. Je vais désormais prendre du recul et faire bouger sensiblement ma place dans la gouvernance. Cela me conduira à l’avenir à réduire très sensiblement ma présence et mon interaction avec l’entreprise », a ainsi annoncé le dirigeant aux membres du conseil d’administration du Crédit Mutuel de Bretagne, principale fédération du Crédit Mutuel Arkéa, le 18 juin dernier.

Que sous-entendent ces propos ? Que le projet d’indépendance de la banque est tombé aux oubliettes ? Tout porte à croire que oui. Pour rappel, depuis plusieurs années maintenant, le Crédit Mutuel Arkéa cherche à s’émanciper de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, mais la filiale bretonne n’a jamais obtenu le feu vert des autorités compétentes, que ce soit la Banque Centrale européenne ou la Banque de France, notamment en raison des nombreux risques et inconnues associés au projet. Qui collectionne par ailleurs les déconvenues et autres polémiques depuis son lancement.

Les dernières en date n’étant autres que la démission de Ronan Le Moal de son poste de Directeur général de la banque. Ce départ s’expliquerait justement, selon certains, par les échecs successifs rencontrés par le projet d’indépendance de ces dernières années et la dégradation de sa relation avec son président. Sans oublier « l’illégalité » de la rémunération variable perçue par les deux hommes durant plusieurs années et l’intransigeance de la Confédération sur ce sujet.

Après le départ de son directeur général, le Crédit Mutuel Arkéa a en effet envisagé « d’évoluer vers une structure duale en société à directoire et conseil de surveillance, directoire qui aurait été présidé par Jean-Pierre Denis », relatent ainsi Les Echos. Certains voient dans cette manœuvre une manière pour Jean-Pierre Denis de continuer à percevoir sa rémunération variable sans que celle-ci soit taxée d’illégale. Problème, la Confédération du Crédit Mutuel a signifié au président d’Arkéa l’impossibilité pour ce dernier d’occuper sous deux ans une fonction exécutive. Des gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase.

« Quand on est président, on ne l’est pas à mi-temps »

D’après Jean-Pierre Denis, contacté par Mediapart, « le Groupe vient d’engager l’élaboration de sa feuille de route pour les années à venir dans la continuité du plan Arkéa 2020. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du projet d’indépendance que le Groupe porte depuis plusieurs années ». Mais peu nombreux sont ceux qui y croient encore : « je reconnais qu’il a insufflé une dynamique, mais ensuite il a voulu diriger “sa” banque », déplore ainsi un ancien cadre d’Arkéa, tandis qu’un bon connaisseur du dossier tranche : « quand on est président, on ne l’est pas à mi-temps, cela ne peut pas être à temps partiel ».

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