L’entreprenariat féminin, prochain vecteur de croissance en Afrique ?

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En Afrique, l’innovation et la technologie numérique se sont révélées d’excellents alliés dans la lutte contre le nouveau coronavirus. Les femmes sont au cœur de ces innovations porteuses de solutions. Elles restent pourtant largement désavantagées dans leurs démarches entrepreneuriales. Pour lutter contre ces inégalités Dominique Nouvian Ouattara a créée, en Côte d’Ivoire, un fonds d’appui aux femmes. 

Au Kenya, l’usage du paiement mobile a été décrété « priorité nationale » par le chef de l’État, qui a exhorté ses compatriotes à ajouter les paiements dématérialisés aux « gestes barrières » systématiquement pratiqués dans la vie quotidienne.

La plateforme Ushahidi, la première application de « crisis mapping » au monde, créée en 2008 au Kenya, a quant à elle apporté une aide précieuse aux nombreuses personnes qui luttent contre le virus en Italie, en Espagne, au Pérou ou encore au Japon, où la plateforme a permis de mettre au point une carte collaborative afin de réduire les inégalités dans l’accès aux soins des malades.

La Fédération marocaine des technologies de l’information (Apebi) a de son côté lancé le projet « Hackcovid, Moroccan Tech Against Covid-19 », un hackathon dématérialisé à destination de l’ensemble de l’écosystème des start-ups marocaines. Un outil prédictif de l’évolution du Covid-19 et un projet d’impression 3D de masques, valves et ventilateurs comptent parmi les propositions reçues.

Dans ce contexte fécond et innovant, les projecteurs se sont braqués sur les femmes, dont la contribution est considérée comme essentielle pour lutter contre la propagation du virus.

« Il faut faire confiance aux femmes pour se relever du Covid-19 », a notamment affirmé Vanessa Moungar, directrice du département Genre, femmes et société civile à la Banque africaine de développement. Pour l’experte, les femmes sont « les colonnes vertébrales de l’économie africaine et des leviers d’accélération formidable pour la croissance inclusive du continent ».

Des bénéfices inférieurs de 34 % à ceux des hommes

En effet, d’après le rapport Gem Women Entrepreneurship, 21,8 % des femmes en Afrique sont entrepreneures, le taux le plus important à l’échelle mondiale. Elles produisent 65 % du PIB du continent et réinvestissent 90 % dans leur foyer.

Fannie Delavelle et Léa Rouanet, expertes auprès de la Banque mondiale, soulignent de leur côté que les femmes représentent 58 % des personnes travaillant à leur compte en Afrique. Un constat qui permet aux chercheuses d’affirmer que « la pleine réalisation de leur potentiel économique pourrait contribuer massivement à la croissance et à la prospérité du continent ».

Le constat se révèle particulièrement pertinent en période de pandémie, comme le montre l’exemple de Jacqueline Mukarukundo, jeune Rwandaise à l’origine de Wastezon, une application mobile permettant de fournir aux ménages et acteurs du recyclage des technologies de pointe pour la collecte, le tri et la traçabilité des déchets, notamment électroniques. Depuis quelques mois, Wastezon contribue également à l’élimination des masques utilisés afin de protéger l’environnement et de prévenir d’éventuelles infections.

Comme la jeune Rwandaise, Arielle Kitio, cofondatrice de la start-up camerounaise Caysti (un centre d’éveil technologique, de développement de la créativité et de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes via le numérique) a fait évoluer sa société face à la pandémie. Elle a ainsi lancé une plateforme e-learning online et offline avec une connexion gratuite pour assurer la continuité des formations.

Mais si leur rôle dans l’économie et le développement de leurs pays est de plus en plus reconnu, la situation des Africaines reste inquiétante. Comme le soulignent Fannie Delavelle et Léa Rouanet, « les femmes entrepreneures continuent de réaliser des bénéfices inférieurs en moyenne de 34 % à ceux des hommes ». Un niveau de formation plus faible et l’absence de l’homme des responsabilités domestiques sont quelques-uns des facteurs qui expliquent la situation d’inégalité dans laquelle elles se trouvent.

Dominique Nouvian Ouattara apporte son soutien aux entrepreneuses de Côte d’Ivoire

Mais il y en a d’autres. « Nos entrepreneuses éprouvent une grande difficulté d’accès aux financements », déplore Dominique Nouvian Ouattara, première dame de Côte d’Ivoire. « Trop peu de femmes africaines obtiennent les fonds nécessaires pour lancer leur affaire, alors même que cela permettrait de faire vivre toute une famille, voire même un quartier », ajoute-t-elle.

Alors que l’insuffisance de ressources propres ainsi que les conditions « draconiennes » de garantie et les taux d’intérêt « prohibitifs » pratiqués par les banques les empêchent souvent d’accéder au crédit, Dominique Nouvian Ouattara a lancé en 2012 le Fonds d’appui aux femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI). Aujourd’hui doté d’un capital de 12 milliards de francs CFA (environ 18,3 millions d’euros), ce mécanisme de microcrédit à taux réduit (1 % par mois) permet aux femmes non éligibles aux financements classiques de bénéficier de prêts.

Pas moins de 200 000 femmes ont pu financer leurs activités par l’intermédiaire du FAFCI. « Cela représente environ 1,5 million de personnes sorties de la pauvreté grâce à ce fonds », estime Dominique Nouvian Ouattara.

Certes, les défis restent nombreux. Mais, alors que la crise économique liée à la pandémie ne fait que commencer, des initiatives de ce type ne peuvent que contribuer à l’objectif prôné par la première dame ivoirienne : « faire des femmes de véritables actrices du développement de nos pays pour y garantir un futur prospère ».

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