La fusion Suez-Véolia mal embarquée

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Les tensions continuent de s’intensifier suite à la tentative de prise de contrôle hostile de Veolia sur son rival Suez, malgré les appels au calme du ministre français des Finances Bruno Le Maire et l’espoir qu’une «guerre inutile» puisse être évitée entre les deux géants de l’industrie française.

Le 30 août, Veolia a offert de payer 15,50 € par action pour acheter 29,9% de l’eau et la gestion des déchets de Suez, rivale de la société, en prélude de la prise en charge à terme de l’ensemble de Suez.

Engie, la société mère de Suez, a rejeté l’offre initiale le 17 septembre, le président Jean-Pierre Clamadieu expliquant que l’entreprise d’énergie n’est pas opposé en principe à la vente de la société avec laquelle elle a fusionné en 2008 – mais considère l’approche de Veolia trop faible financièrement et est prêt à envisager d’autres options.

La direction de Suez, quant à elle, est catégoriquement opposée au rachat proposé. La société rivale accélère ses projets de désinvestissement de certains actifs existants au milieu de la spéculation selon laquelle elle pourrait essayer de racheter la participation d’Engie dans la société pour bloquer toute concurrence. Cette tentative a ainsi été qualifiée de «particulièrement hostile» et de «mirage industriel» avec de sérieux risques pour les actionnaires, les salariés et les clients de l’entreprise, selon la direction de Suez, mettant en évidence les batailles juridiques pour obtenir le feu vert des autorités de la concurrence, ce qui retarderait sans aucun doute tout projet de fusion.

Démêler les atouts des faiblesses d’une fusion avec Suez

En premier lieu, les autorités françaises et européennes de la concurrence sont presque sûres d’avoir quelque chose à dire sur le projet de fusion. Ensemble, les deux sociétés détiendraient une part de marché cumulée de près de 60% et les préoccupations des autorités de la concurrence ont déjà saboté une éventuelle fusion en 2012.

Les autorités de la concurrence ont d’ailleurs explicitement indiqué qu’elles n’accepteraient jamais une fusion sans concessions majeures, tandis que Veolia a déclaré qu’elle projetait de rétrocéder l’activité eau de Suez – une branche responsable de 11 000 emplois – en France à un fonds d’investissement français, Meridiam.

La question de savoir si Meridiam, acteur relativement méconnu et principalement spécialisé dans les projets de construction et de transport, dispose du savoir-faire pour gérer le réseau d’eau français est une question sérieuse. Bien que Meridiam gère quelque 80 projets à travers le monde – du port de Nouakchott en Mauritanie au tunnel de Miami aux États-Unis – reprendre une partie des actifs de Suez marquerait le premier investissement du fonds dans le secteur de l’eau, après avoir échoué lors d’une candidature en 2018 pour reprendre Saur, l’un des plus petits concurrents de Suez et Veolia.

Il est impossible de savoir également si le simple déchargement de l’activité française de gestion de l’eau de Suez suffirait à apaiser les craintes des autorités françaises et européennes de la concurrence – le PDG de Veolia, Antoine Frérot, a également suggéré que certains actifs de gestion des déchets pourraient devoir trouver de nouveaux acheteurs en vue d’une fusion.

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