Veolia / Suez : inquiétudes face aux « fusions dangereuses »

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L’annonce fait les gros titres de la presse depuis déjà plusieurs semaines. La volonté de Veolia d’acquérir, à hauteur de 29,9 %, la participation d’Engie dans Suez s’oppose au très ferme refus de la direction de ce dernier. Les experts, sur les plateaux de télévision et dans les pages des grands médias, déplorent une opération éminemment risquée. La situation financière de Veolia, dont la dette reste importante, est délicate et les perspectives de croissance dans les secteurs eau et assainissement sont assombries par la nouvelle architecture politique du pays, héritée des récentes élections municipales.

Veolia : le poids de la dette

Depuis le début des années 2000, le groupe Veolia traîne une dette considérable. Une constante dans l’histoire récente du groupe. En 2008 déjà, la dette atteignait 17 milliards d’euros. Un héritage de la période Vivendi, dont le groupe n’a jamais vraiment réussi à se débarrasser.  Certes, l’élection d’Antoine Frérot à la tête de Veolia en 2009 a permis d’assainir un peu la situation financière du groupe. Chiffrée à 15 milliards d’euros en 2011, la dette est retombée à 8,7 milliards en 2016. En 2015, Antoine Frérot la jugeait d’ailleurs « soutenable ». Peu à peu, la dette est remontée pour atteindre 9,5 milliards d’euros en 2018 et, en 2019, dépasser à nouveau les 10 milliards. Un chiffre qui devrait logiquement grimper dans les prochains mois, si la fusion devenait effective.

Engie semble en effet avoir rehaussé ses ambitions. Initialement prévue à 15,5 euros l’action, la transaction devrait, si elle se réalise, se conclure à 18 euros l’action. Soit une augmentation de 500 millions d’euros pour Veolia, le prix final grimpant de 2,9 à 3,4 milliards d’euros. Car Jean-Pierre Clamadieu a réaffirmé sa volonté de vendre, très rapidement, la participation de son groupe dans Suez, pour amasser de la trésorerie afin de repositionner le géant gazier sur ses secteurs les plus stratégiques. Bref, malgré son empressement, il souhaite en tirer le meilleur prix.

Le poids de la dette pèse d’ailleurs sur le cours de bourse de Veolia, qui vivote actuellement autour de 18,50 euros l’action. Un montant trois fois inférieur à la fin de l’année 2007, période pendant laquelle le cours de bourse dépassait les 63 euros. Si, au plus bas des années 2010, le cours était descendu en dessous des 9 euros, Antoine Frérot, malgré quelques améliorations, n’a jamais réussi à le rehausser à ses niveaux d’antan.

Face à la dette, la méthode Antoine Frérot repose sur un strict équilibre entre plans d’économies et volontarisme affirmé dans la cession d’actifs. Par exemple, en décembre 2019, Veolia a ainsi finalisé la cession de ses actifs de réseaux de chaleur et de froid aux États-Unis, pour la somme de 1,25 milliard de dollars. En parallèle, des plans d’économies d’ampleur ont couvert les périodes 2013 – 2015, 2016 – 2018 et, depuis peu, 2020 – 2023, pour 250 millions d’euros par an et un objectif chiffré d’un milliard sur la période. Côté Suez, on craint que de nouvelles cessions viennent dépecer le groupe de certains de ses actifs stratégiques, en cas de fusion. Une fois encore, pour assainir la dette.

Élections municipales : attention danger pour Veolia

D’autant que les perspectives de croissance restent doublement assombries. Par la crise sanitaire d’abord. Veolia, par la voix de son PDG, a annoncé la mise en œuvre d’un plan d’économies supplémentaire de 200 millions d’euros. Afin, selon son PDG Antoine Frérot, de « réduire autant que possible les effets du choc économique et de permettre au groupe de ressortir dans les meilleures conditions possibles de cette période ».

Par le repositionnement politique des grandes métropoles ensuite. En effet, une forte progression des listes écologistes, notamment celles d’Europe Écologie les Verts, parfois dans le cadre de listes d’union de la gauche, rassemblant les socialistes, les insoumis et les communistes. Dans les très stratégiques villes de plus de 100 000 habitants, dont les contrats mirobolants sont très pourvoyeurs de rentrées financières, le maire sortant a été remplacé par un élu écologique. Comme à Bordeaux, avec Pierre Hurmic, Besançon avec Anne Vignot, Lyon avec Gregory Doucet, Strasbourg avec Jeanne Barseghian ou encore Emmanuel Denis à Tours. Un mur de contrats qui, potentiellement, s’effondrera dans les années à venir.

En effet, si ce résultat inquiète les acteurs privés, c’est parce qu’ils craignent que ces élus ne subsistent aux délégations de service public alors en vigueur dans les grandes villes des régies publiques, excluant de facto les acteurs privés. Un mode de gestion qu’avait, d’ailleurs, privilégié Nice en 2015, pourtant à droite. Une inclinaison vers la régie publique héritée de la réussite parisienne, impulsée par Bertrand Delanoë. Dans la région francilienne d’ailleurs, les atermoiements et la volonté scissionniste d’une partie des communes du Syndicat des eaux d’Ile-de-France (SEDIF), attirées par la région publique, fragilisent encore les perspectives de croissance de Veolia en France.

Une fusion dans un contexte politico-économique troublé, donc. Mais qui ne semble pas entamer la motivation d’Antoine Frérot, qui défend « une offre inégalable » et un « projet d’intérêt national ». Pourtant, en embuscade, le fonds Adrian a proposé une offre qui semble séduire Suez, qui refuse toujours plus fermement les offensives d’Antoine Frérot.

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