L’avenir de la mobilité électrique passe par les bornes de recharge intelligente

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Identifiée depuis de nombreuses années comme le futur de la mobilité, la voiture électrique a vu ses parts de marché décoller au premier semestre 2020. Cette nette montée en puissance ne devrait pas saturer le réseau électrique, mais permettre, au contraire, d’en accroître la flexibilité.

C’est un des effets inattendus de la crise sanitaire : alors qu’on l’attendait depuis plusieurs années, l’explosion des ventes de voitures à batterie a enfin eu lieu, en pleine période de confinement. Avec plus de 40 000 modèles vendus en France au premier semestre 2020, la voiture 100 % électrique a atteint 6,3 % de parts de marché, contre seulement 1,8 % en 2019, et même plus de 11 % pour les hybrides rechargeables, contre 5 % l’an dernier, d’après les chiffres du Comité des constructeurs français automobiles (CCFA).

Le boom de la mobilité électrique

Cette percée significative devrait se confirmer dans les prochains mois, selon le CCFA, qui prédit dans le même temps une baisse d’au moins 15 % des immatriculations de voitures thermiques (essence et diesel). Au niveau mondial, la tendance se mesure également avec un nombre record de plus de 7 millions de véhicules rechargeables en circulation, tandis que la consommation de pétrole a diminué de l’ordre de 600 000 barils par jour. Dans les années à venir, le véhicule électrique est appelé à jouer un rôle majeur dans la réduction de l’empreinte carbone du parc automobile, affirme l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui prévoit une multiplication par 30 des ventes d’ici 2030. Une dynamique qui pose la question de la capacité des réseaux électriques à accueillir ces nouveaux objets. Aucune inquiétude du côté de RTE, selon qui cette nouvelle donne ne devrait pas générer de perturbations sur le réseau électrique national.

Dans un rapport publié en 2019, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité assure qu’il pourra ainsi absorber « sans difficulté majeure » la mise en circulation de plus de 15 millions de véhicules électriques d’ici 2035. Même avec un scénario extrême, le surplus de demande énergétique ne devrait en effet pas excéder 45 TWh, soit moins de 10 % de la consommation française. Selon RTE, l’enjeu de la recharge des voitures à batterie ne se situe pas dans la production globale d’électricité, mais dans « l’adéquation à chaque instant entre la puissance soutirée par les véhicules électriques et la puissance produite par le parc de production ». En d’autres mots, il s’agira de trouver en permanence l’équilibre entre l’offre et la demande électrique. Pour y parvenir, le gestionnaire compte notamment sur la recharge intelligente ou smart charging, véritable levier de flexibilité pour le réseau électrique, qui permet de moduler l’apport en électricité en fonction de la situation. Cette technologie part du principe que les voitures électriques ne parcourent que quelques dizaines de kilomètres par jour et que 85 % des recharges peuvent s’effectuer sans contrainte de temps. D’où l’intérêt d’optimiser les temps de recharge aux moments les plus opportuns, comme la nuit, quand la demande est au plus bas, ou quand les moyens de production d’énergies renouvelables tournent à plein régime (ex. : fort débit hydraulique, vent et/ou ensoleillement).

Smart charging et V2G, ou comment transformer la contrainte de la recharge en opportunité

L’intérêt de la mobilité électrique et du pilotage intelligent de la recharge irait même beaucoup plus loin. Grâce au principe du « vehicle-to-grid » (véhicule vers le réseau) ou V2G, il est ainsi possible d’utiliser les véhicules rechargeables comme réservoirs d’énergie pour stabiliser le réseau en fonction des niveaux de demande et de production. Via le V2G, l’électricité circulerait ainsi dans les deux sens afin que le parc automobile électrique serve alternativement à stocker ou à réinjecter de l’électricité en fonction des besoins du réseau. Puiser dans les batteries des véhicules électriques pourra s’avérer très utile pour, par exemple, alimenter la consommation importante des foyers en fin de journée ou pallier un manque ponctuel de production renouvelable. Avec ce système, l’usager peut toutefois décider de garder en permanence un niveau de charge minimum afin de pouvoir utiliser son véhicule à tout moment. « À travers le smart charging, l’électromobilité constitue ainsi une vraie opportunité pour le développement des énergies renouvelables, pour le système électrique et pour le possesseur d’un véhicule électrique », souligne EDF

Le potentiel du pilotage intelligent n’a échappé ni à l’énergéticien, ni aux autres grands groupes des secteurs de l’énergie et de l’automobile. En 2019,  EDF a annoncé la création de Dreev, co-entreprise entre le Groupe et une start-up californienne du nom de NUVVE, spécialement dédiée au développement de solutions V2G. Un projet d’envergure inégalée en France, baptisé Flexitanie, devrait démarrer à l’automne dans le Gard, où une flotte de 100 véhicules électriques servira à la fois aux déplacements d’une dizaine d’entreprises et aux besoins du réseau électrique local. Les batteries des voitures en stationnement seront mises à profit comme solution de stockage d’énergie pour alimenter un véhicule ou un bâtiment. Un nouveau modèle qui permettra de faciliter l’intégration des énergies renouvelables sur le territoire. 

Le modèle expérimental du V2G séduit de plus en plus d’entreprises, à l’image de Titi Floris. La société nantaise, spécialisée dans le transport collaboratif et solidaire, a été accompagnée par EDF dans la mise en place de 4 bornes de charge V2G pour ses véhicules électriques. Pour l’entreprise, cet investissement répond d’une part à la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique et d’autre part, à la volonté d’apporter un service de transport de qualité pour tous ses publics. Tout en contribuant à l’émergence des réseaux intelligents, ainsi que le souligne Boris Couilleau, PDG de Titi Floris : « La technologie V2G mérite d’être testée grandeur nature et nous sommes ravis de participer au déploiement de cette nouvelle solution. […] Ces bornes de charge novatrices sont une belle avancée dans l’optimisation des réseaux électriques. »

En d’autres termes, la « contrainte » de recharge du véhicule électrique est en fait porteuse d’opportunités pour le réseau électrique et les utilisateurs. Ce potentiel, d’autres pays l’ont également identifié, comme le démontre l’initiative de Fiat en Italie. Le constructeur transalpin s’apprête à lancer son propre projet de V2G dans son usine de Mirafiori, à Turin, où 64 Fiat 500 neuves en attente de livraison serviront à alimenter ou soulager le réseau local

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