Écologie, bio : Danone met la pression sur ses concurrents

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Le groupe agroalimentaire a entamé depuis de nombreuses années sa transition vers un modèle plus respectueux de l’environnement, s’alignant en cela sur les nouvelles attentes des consommateurs. Une stratégie payante économiquement, qui lui permet de se montrer en exemple tout en entraînant derrière lui l’ensemble du secteur. 

Danone accélère sur le bio. Le groupe agroalimentaire français vient d’annoncer son intention d’investir 25 millions d’euros dans l’usine Blédina de Steenvoorde, une commune du département du Nord, dans les Hauts-de-France. L’usine, qui a lancé la production de ses premières gammes biologiques il y a un an, va devenir le « site de référence pour l’alimentation bio », selon son directeur, François Mekerke. Vantant « un ancrage local fort » — l’usine emploie 400 personnes —, son patron table sur « 80 millions de litres de lait bio » par an, en partie récoltés auprès d’une quarantaine d’éleveurs locaux, dont Danone souhaite encourager et accompagner la conversion vers l’agriculture biologique.

Montrer l’exemple pour entraîner le secteur

Ce nouvel investissement dans le bio ne doit rien au hasard. Danone, qui entend concilier protection de l’environnement et montée en gamme de ses produits — et donc de ses profits — met là en œuvre une stratégie mûrement réfléchie, visant tant à se distinguer par le haut de ses concurrents qu’à séduire des consommateurs — français ou étrangers — cherchant plus que jamais à mettre du sens dans leurs achats du quotidien — à commencer par leurs achats alimentaires. La stratégie de la multinationale est donc double : valoriser, d’une part, l’image de qualité intrinsèque au secteur agro-industriel tricolore, et promouvoir, de l’autre, celle d’une entreprise à l’écoute des préoccupations écologiques de ses clients et de la société en général, en se présentant comme responsable sur le plan environnemental.

Pour cela, et alors que la transition écologique est une affaire de vitesse, Danone intensifie la pression sur le monde agro-industriel afin qu’il se réforme en profondeur. Devant l’Assemblée nationale, le PDG du groupe, Emmanuel Faber, s’est prononcé début octobre en faveur d’une « révision annuelle » des états généraux de l’alimentation (Egalim), dont la précédente édition avait, en novembre 2018, donné naissance à la loi Alimentation. En dépit des avancées contenues dans le texte, « il est très difficile de valoriser nos produits dans la grande distribution » française, a ainsi déploré Emmanuel Faber, qui demande « plus de transparence » sur les « contrats uniques » passés avec les grands distributeurs. Le PDG de Danone s’est également prononcé pour une agriculture « régénératrice des sols » et la possibilité de mieux rémunérer les agriculteurs, via la revente de droits carbone à des secteurs fortement émetteurs de gaz à effet de serre.

Mais il ne suffit pas, pour un groupe de la taille de Danone, d’inciter les autres à la vertu pour gagner en respectabilité ; encore faut-il montrer soi-même la voie et être exemplaire. C’est pourquoi le groupe met, depuis plusieurs années maintenant, les bouchées doubles en ce qui concerne le réchauffement climatique et le recyclage. Sur ce dernier point, Danone a annoncé en septembre que toutes ses bouteilles d’Evian et de Volvic vendues en grandes surfaces seront désormais fabriquées à 100 % à partir de plastique recyclé (rPET). Et, « d’ici à 2025, tous les formats et marques de notre portefeuille seront concernés, et nous n’utiliserons plus de plastique vierge pour nos bouteilles », s’engage le directeur général de Danone Eaux France, Antoine Portmann.

Danone se classe également dans le trio de tête du classement Ecoact 2020 des entreprises du CAC 40 en matière de reporting climat — et à la 8e place au niveau mondial. Rien de nouveau cependant, comme le rappelle Christian Didier, Nature & Sustainability Finance Director du groupe, selon qui « en 2015, Danone a publié sa politique climat et parlait déjà d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 ». Déclinée en trois piliers — réduction, séquestration et compensation des émissions de CO2 —, la stratégie de Danone cible particulièrement l’amont agricole, la lutte contre la déforestation ou la mise en place de fermes bas carbone.

Les consommateurs en quête de sens, une cible porteuse

Si le géant français de l’agroalimentaire montre l’exemple, c’est que ses équipes ont compris l’intérêt de miser sur la qualité et la recherche de sens des consommateurs pour résister aux rouleaux compresseurs américains ou asiatiques.

Les marchés de masse étant saturés, c’est en Asie, en Europe ou sur le continent américain que la part des ménages cherchant à manger plus sainement et de manière responsable augmente chaque année. Il s’agit là d’une cible particulièrement porteuse. L’histoire — et les résultats futurs de l’entreprise — donneront donc sans doute raison à Danone et à sa volonté de montrer l’exemple à l’ensemble de la filière agro-industrielle française.

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