Covid-19 : les banques doivent se préparer au pire

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L’année 2021 pourrait bien être une année noire pour les banques françaises et européennes, particulièrement exposées au risque de défaut de paiement de leurs créanciers, eux-mêmes éprouvés par la crise sanitaire. Confrontées comme leurs consœurs privées et cotées aux mêmes risques, les banques mutualistes françaises n’en démontrent pas moins leur résilience dans la tempête.

Après une année 2020 chamboulée par l’épidémie de Covid-19, 2021 sera-t-elle celle des défaillances bancaires ? Les nuages s’amoncellent en effet au-dessus des banques françaises et européennes, pour lesquelles 2021 pourrait bien s’imposer comme une année noire. C’est du moins le scénario que redoute de voir se produire l’Autorité bancaire européenne (EBA), l’organisme en charge de réguler les établissements du secteur, selon qui les établissements européens doivent se préparer au pire. « L’incertitude économique demeure, la profitabilité n’a jamais été aussi faible, et il y a plusieurs signes avancés d’une détérioration de la qualité des actifs », a ainsi mis en garde l’institution de régulation.

« On est en train de repousser le tas de sable à 2021 »

L’EBA, qui a passé au crible les bilans de plus d’une centaine de banques européennes, redoute en effet une explosion des prêts impayés, ou « créances non performantes » (NPL). Les créances qui pourraient bientôt ne plus être remboursées, dites de « niveau 2 », atteignent ainsi un total de 1 200 milliards d’euros, un chiffre en progression de +23 % depuis un an. Quand les diverses mesures publiques de soutien à l’économie prendront fin, ce sont ces créances qui pourraient bien devenir irremboursables. « En ce moment, l’économie est sous perfusion », analyse dans Les Echos Sébastien Lacroix, directeur associé chez McKinsey, selon qui « on est en train de repousser le tas de sable à 2021 et 2022. Les risques de pertes de créances seront donc la principale priorité des dirigeants bancaires européens ».

Les banques françaises « parmi les plus solides au monde » ? 

Un alarmisme qui ne semble pas — ou du moins pas encore — avoir atteint les patrons des grandes banques tricolores, si l’on en croit les récentes déclarations, volontairement rassurantes, du président de la Fédération bancaire française (FBF). « Il est encore trop tôt pour être optimistes ou pessimistes », veut ainsi croire Philippe Brassac : « pour l’instant, il faut se mobiliser pour sauver l’économie ».

Celui qui dirige également le Crédit Agricole estime par ailleurs que les établissements français « sont vraiment très solides. Leur ratio de solvabilité, qui mesure de façon objective leurs risques, les place parmi les banques les plus solides au monde ». Tout juste le président de la FBF reconnaît-il que les banques hexagonales « ne sont pas assez profitables dans un contexte de taux très bas ».

Si Philippe Brassac a sans doute raison de ne pas attiser l’inquiétude quant à la solidité des banques françaises, ces dernières ne sont pourtant pas toutes logées à la même enseigne. Certes, tous les établissements français ont, après la crise de 2008, renforcé leurs réserves, qui sont toutes supérieures aux minima requis par les autorités du secteur. Mais certains d’entre eux pourraient tanguer plus que d’autres, d’après ce classement établi par le magazine Capital : Société Générale, qui est la seule des grandes banques françaises à avoir enregistré des pertes lors du premier semestre, et qui affiche une inquiétante hausse de ses créances douteuses ; BNP Paribas, qui dispose des plus mauvais ratios de solvabilité ; ou encore BPCE, dont les bénéfices ont connu une forte baisse au début de l’année écoulée.

Les banques mutualistes, encore et toujours

A contrario, certaines banques françaises semblent mieux armées que leurs consœurs pour résister aux remous futurs. C’est le cas de la Banque Postale, qui affiche les meilleurs ratios de solvabilité. Ou encore du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, qui regroupe treize fédérations régionales du Crédit Mutuel et le CIC, et dont les bons résultats de son activité banque de détail lui permettent de résister à la crise en cours. N’est pas « banque préférée des Français » qui veut… La résilience du Crédit Mutuel démontre également l’inanité du projet sécessionniste d’une de ses fédérations, le Crédit Mutuel Arkéa, qui souhaitait quitter l’Alliance pour voler de ses propres ailes — du moins, avant que la Banque centrale européenne (BCE) n’enterre le projet : seule, la « petite » banque qu’est Arkéa n’aurait vraisemblablement pas survécu à la tempête sanitaire puis économique.

De plus, en quittant le Crédit Mutuel, Arkéa aurait automatiquement perdu son statut mutualiste. Or, loin d’être un carcan, ce caractère mutualiste semble, au contraire, protéger les établissements bancaires en cas de choc conjoncturel. Ainsi « en France, les banques mutualistes telles que Crédit Mutuel et Crédit Agricole apparaissent plus solides que nos grandes banques privées cotées (telles que Société Générale ou BNP Paribas) en cas de choc », conclut la rédaction de Capital.

 

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