Vente à la découpe : les promoteurs vautours de retour ?

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La vente à la découpe est une technique employée par de gros promoteurs immobiliers afin de maximiser leurs profits en évinçant les petits locataires. Concrètement, le processus consiste à acheter un immeuble entier à son propriétaire, puis à revendre appartement par appartement, après avoir expulsé les locataires en place. Une pratique controversée qui fait son retour à Paris, en pleine pandémie covid.

L’immobilier parisien continue d’aiguiser les appétits…

Immocom, Julien KriefA Paris, malgré la crise sanitaire, les opérations immobilières spéculatives ne se sont pas interrompues. Dans le quartier de l’Odéon, la société Immocom, dirigée par Julien Krief, a par exemple lancé le démembrement d’un immeuble situé près du Théâtre. Pour la société Immocom, l’année 2020 a été excellente. Son patron annonce la couleur sans fausse pudeur, avec des chiffres qui donnent le tournis : avec près de 19 millions d’euros investis en 2020, 9 acquisitions et 3 ventes d’actifs, le Covid a été indolore.

Julien KriefSon dirigeant, Julien Krief, est un ancien start-upper reconverti. Il est décrit par les locataires comme maniant la séduction, les fausses promesses, la menace et l’intimidation. Il n’hésite pas, par exemple, à faire envoyer directement par ses avocats des courriers menaçant à des personnes âgées ou fragiles, afin de les faire céder. Au mépris des règles déontologiques de la profession, qui imposent de communiquer via avocats. Des pratiques fréquentes dans ce type d’opérations menées sabre au clair par des promoteurs pas toujours très fréquentables.

Julien Krief TwitterDiplômé du très droitier IEP d’Aix en Provence, proche de la Manif pour tous qu’il soutient sur Twitter, Julien Krief n’hésite par exemple pas à dire tout le mal qu’il pense de la trêve hivernale, une mesure sociale qui empêche les promoteurs d’expulser les gens en hiver… Un profil et des méthodes qui interrogent, donc.

… mais la spéculation suscite aussi un rejet croissant

Dans le quartier feutré de l’Odéon, ces manières brutales ne passent d’ailleurs pas. Le Maire d’arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, a été alerté par plusieurs habitants, qui s’inquiètent de ces méthodes purement spéculatives, qui risquent de porter un coup à l’image du quartier. Il n’aurait pas l’intention d’accorder le soutien de la force publique en cas de tentative d’expulsion dans l’immeuble. La librairie Guénégaud, au pied de l’immeuble racheté par Julien Krief, devrait par exemple baisser le rideau : “une institution du quartier qui risque d’être remplacée par une énième enseigne de prêt à porter, dénaturant encore un peu plus l’esprit de Saint-Germain des Prés…“, se lamente un commerçant riverain.  Le 10 Bar, autre lieu mythique du quartier, parviendra-t-il à se sauver dans ce contexte ?

Rue Montorgeueil, c’est déjà un atelier d’artiste qui avait été transformé par Immocom en « logement saisonner haut de gamme », façon polie de parler de Airbnb. Un fléau pour les quartiers parisiens qui y sont confrontés, avec des nuisances pour les autres habitants, des problèmes de prostitution, et une dévitalisation souvent irrémédiable des zones concernées.

A tel point que les élus de tous bords réfléchissent à un encadrement plus strict de cette pratique détournée de sa finalité initiale, et que certains considèrent comme un “briseur de ville”.

Pour Immocom et son dirigeant, Julien Krief, ce type d’opération financière est en revanche extrêmement rentable. Les prévisions que la société a communiqué pour 2021 sont vertigineuses, avec des bénéfices attendus à 100 % d’augmentation, plus de 16000 mètres carrés gérés sur 60 sites, 3 390 000 euros de loyers quittancés, et près de 40 millions d’euros investis ! Mais pour cela, il faut continuer à expulser…

A moins que les partenaires financiers (CIC, Banque Populaire, HSBC, BNP Paribas et la Banque Palatine) ne s’inquiètent de cette mauvaise image renvoyée dans un quartier regorgeant d’influenceurs, et cessent de soutenir ces opérations.

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