Crédit Mutuel Arkéa, retour sur une décennie mouvementée

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En mars 2011, les six représentants du Crédit Mutuel Arkéa présentaient, sous l’impulsion de leur président, Jean-Pierre Denis, leur démission du conseil d’administration de la Confédération nationale du Crédit Mutuel. Dix ans – et de nombreuses péripéties – plus tard, que faut-il retenir ?

Démission(s)

Arguant de « dérives » et d’une « concentration excessives des pouvoirs » en raison de la suppression, par Michel Lucas, alors président de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel (CNCM), du poste de vice-président délégué, traditionnellement occupé par un représentant du Crédit Mutuel Arkéa, Jean-Pierre Denis présentait, le 8 mars 2011, sa démission du Conseil d’administration de la CNCM. Imité alors par les cinq autres représentants de la fédération bretonne du Crédit Mutuel, l’homme fort de Brest ne mâchait pas ses mots.

« On a aujourd’hui une concentration du pouvoir qui est excessive, pour ne pas dire extrême, dans les mains d’un seul homme », affirmait-il à l’époque. L’homme alors dans le viseur de Jean-Pierre Denis n’était autre que Michel Lucas, qu’il accusait d’avoir « une vision centralisée du groupe qui est orthogonale avec l’histoire du Crédit Mutuel ».

Interrogé par la presse dans la foulée de cette prise de position, Jean-Pierre Denis écartait une possible scission du groupe Crédit Mutuel, celui-ci précisant vouloir « marquer une distance, pas quitter le Crédit Mutuel ». « Ce n’est pas une question de rivalité entre les hommes ou entre les groupes. On n’est pas dans un concours de beauté entre l’est et l’ouest de la France », assurait-il.

Scission

Une position qui change radicalement en 2014, lorsque le groupe dévoile au grand jour son « projet d’indépendance de la CNCM ». Depuis, le Crédit Mutuel Arkéa, sous l’impulsion de Jean-Pierre Denis et de son directeur général d’alors, Ronan Le Moal, a multiplié les initiatives pour parvenir à ses fins, ne reculant parfois devant rien. En témoigne la manifestation organisée par la direction en mai 2018 à Paris, pour laquelle les salariés d’Arkéa ont été rémunérés, voire « menacés » d’après certains d’entre eux, afin de s’assurer de leur participation.

En parallèle de sa communication bien rodée, Arkéa enchaîne les recours juridiques devant la Banque centrale européenne, la banque de France et différents tribunaux administratifs. Qui, tous, sans exception, se solderont par un échec. « La Confédération regrette ce 21e épisode judiciaire avec le Crédit Mutuel Arkéa depuis 2014. Elle constate que, désormais, toutes les juridictions françaises et européennes auront été sollicitées, sans succès, pour contester l’intégrité du Crédit Mutuel au prix d’un risque de fragilisation du modèle bancaire mutualiste », déclarait ainsi la CNCM au lendemain du dernier revers juridique infligé à Arkéa par le Conseil d’État, en juillet.

Cette décennie de conflit entre la fédération bretonne et l’organe central du groupe aura par ailleurs été marquée par les polémiques autour des rémunérations « illégales » – et particulièrement élevées – perçues par la direction d’Arkéa. À tel point que d’aucuns estiment que les velléités sécessionnistes des deux hommes trouvaient leur justification dans des desseins capitalistiques plutôt que dans leur volonté affichée de défendre la Bretagne.

Il était une fin

Tout ça pour quoi ? S’il reste présent dans l’une des filiales de la banque, Jean-Pierre Denis, figure de proue du projet d’indépendance d’Arkéa, a démissionné de son poste de président en mai dernier, emboîtant ainsi le pas à Ronan Le Moal, qui a pour sa part quitté ses fonctions début 2020. Deux départs eux aussi teintés de polémiques en raison des millions d’euros d’indemnités perçus par les démissionnaires.

C’est aujourd’hui Julien Carmona, fraîchement débarqué de Nexity, qui est aux manettes du groupe, avec Hélène Bernicot, nouvelle directrice générale d’Arkéa depuis le départ de Ronan Le Moal. Si le nouvel homme fort d’Arkéa a affirmé à son arrivée ne pas écarter le dossier de l’indépendance de la banque, ses premiers agissements à la tête d’Arkéa tranchent d’avec son prédécesseur : bien loin des polémiques du passé, Arkéa est aujourd’hui connue pour être devenue la première banque « à chiffrer son impact carbone, social et sociétal ». « La performance financière ne suffit plus​ », déclarait ainsi Julien Carmona en octobre dernier. Une position bien éloignée des valeurs prônées par l’ancienne direction, désireuse de faire d’Arkéa « l’Amazon de la banque ».

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