Peut-on limiter l’impact écologique de la climatisation ?

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Alors que la demande mondiale en climatiseurs risque d’exploser dans les prochaines décennies, des mesures doivent être prises pour limiter les rejets en Co2 des dispositifs les plus énergivores.

Sans intervention, la demande énergétique des climatiseurs va plus que tripler d’ici à 2050 et équivaudra à la demande en électricité actuelle de la Chine», expliquait le 15 mai dernier Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), à l’occasion de la publication d’un rapport alarmant sur la prolifération des systèmes de climatisation à travers le monde. Alors que les rejets en Co2 ne cessent d’augmenter, l’impact de cet attrait pour l’air réfrigéré pourrait s’avérer désastreux.

Une catastrophe écologique

Toujours selon les prévisions de l’agence, le nombre d’installations devrait passer de 1,6 à 5,6 milliards d’ici une trentaine d’années. Une demande qui s’explique par l’augmentation du niveau de vie mondial, particulièrement dans les pays chauds d’Asie tels que l’Inde, la Thaïlande ou la Chine, où la climatisation domestique est souvent le premier achat effectué par les particuliers accédant à un confort de vie supérieur.

On peut donc imaginer les dégâts en termes d’émissions de Co2, si comme pour les Etats-Unis, où près de 90% des logements individuels sont aujourd’hui équipés, les milliards d’habitants des pays à forte croissance démographique souhaitent à leur tour accéder à ces installations. Pour comparaison, seuls 5% des habitations sont équipées en Inde, et 7% en Indonésie. En France, 4% des logements sont concernés mais la demande explose, avec une augmentation de 8% en 2017.

La consommation en électricité d’un climatiseur équivaut à celle d’une cinquantaine de réfrigérateurs. Selon les prévisions de l’AIE, la climatisation pourrait donc représenter 37% de la demande consommation en électricité d’ici 2050. Déjà en 2011, lors d’un pic de chaleur au mois de juillet, près de 75% de la production d’électricité de la ville de Philadelphie était consacrée aux climatiseurs.

L’accès généralisé à la climatisation : « aura un impact significatif sur la demande énergétique globale des pays concernés, mettant la pression sur les réseaux électriques et faisant augmenter les émissions (de gaz à effets de serre) locales et mondiales », résume l’AIE dans son rapport.

Autre effet négatif, et paradoxal, la multiplication des installations participe à l’augmentation de la température moyenne des grandes villes. En 2010 Le CNAM, le CNRS, Météo France et la société Climespace ont déterminé en se fondant sur les observations de la canicule de 2003, que les rejets des machines pouvaient faire augmenter la température ambiante de près d’un degré Celsius.

Des solutions alternatives aux climatiseurs existent

Mais alors quelles mesures prendre pour éviter d’entrer dans cette spirale destructrice ?

D’abord, une lueur d’espoir peut être trouvée dans la généralisation de production d’énergie solaire domestique, grâce à des panneaux photovoltaïques ou thermiques. Une mesure qui, si elle a le mérite de produire une énergie propre, ne suffirait pas à alimenter totalement les installations, l’énergie solaire étant très difficilement stockable. La nuit tombée ou par temps nuageux, il faudrait donc avoir recours à un autre réseau électrique pour prendre le relais…

L’amélioration de l’isolation en amont de création des bâtiments et habitations est donc également une piste à explorer. Pour Martine Rebetez, climatologue à l’Université de Neuchâtel « l’isolation et le choix des matériaux utilisés, mais aussi, la possibilité de protéger les fenêtres contre le rayonnement solaire avec des volets ou un avant-toit, sont autant de solutions permettant de réduire fortement les besoins en climatisation ».

D’autres mesures architecturales, comme l’isolation des combles ou l’installation de puits canadiens ou provençaux, qui renouvellent l’air à l’intérieur des bâtiments grâce à un système de tuyaux souterrains peuvent être mises en place pour éviter l’achat de climatiseurs.

Le même principe de transfert d’un air froid vers un milieu à plus haute température peut être obtenu grâce à l’utilisation de pompes à chaleur réversibles. Fonctionnant via des fluides frigorigènes, et moins consommatrices d’énergie que les climatiseurs classiques, les PAC récupèrent l’air tempéré d’un milieu extérieur comme des sous-sols ou des sources d’eau – rivières, lacs, nappes phréatiques – avant de le diffuser dans les bâtiments. Une installation qui, en plus d’être écologique, présente pour les particuliers l’intérêt d’être moins coûteuse en électricité.

La nécessité d’un durcissement des normes

Toutefois, ces mesures relèvent d’un changement de mentalité et d’une prise de conscience généralisée. Il paraît difficile d’endiguer l’attrait mondial des ménages pour les climatiseurs. En attendant, il paraît nécessaire de se pencher sur la qualité des systèmes. « La mesure la plus urgente et la plus facile à mettre en œuvre consiste à s’assurer que tous les nouveaux climatiseurs soient beaucoup plus efficaces en termes de consommation d’énergie », estime l’AIE. L’agence précise ainsi qu’une augmentation de qualité permettrait de réduire considérablement les demandes en énergie des installations.

« Grâce à des normes strictes de performance énergétique et d’autres mesures telles que l’étiquetage, l’efficacité énergétique moyenne du stock de climatiseurs pourrait plus que doubler et 2050. Cela réduirait considérablement la nécessité de construire de nouvelles infrastructures électriques pour répondre à la demande croissante » estime le rapport. Au Japon ou en Europe, par exemple, les climatiseurs commercialisés sont déjà 25% moins consommateurs en électricité que ceux vendus en Chine ou aux Etats-Unis.

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