Les EnR face au défi des freins de développement

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Mardi 27 novembre 2018, Emmanuel Macron a présenté les grandes lignes de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui oriente la politique énergétique nationale pour les dix prochaines années. Comme prévu, le président français a annoncé d’importants investissements dans les énergies renouvelables, mais aussi une baisse programmée de la part du nucléaire.

Les énergies renouvelables seront-elles répondre aux ambitions du gouvernement ?

La colère des gilets jaunes n’y a rien fait : mardi matin, Emmanuel Macron a confirmé que le gouvernement ne ferait pas machine arrière sur la hausse des taxes du carburant. « Il ne faut pas changer de cap », a-t-il martelé lors d’une prise de parole très attendue à l’Élysée, où le président de la République a présenté son projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Parmi ses annonces majeures, il a promis la fermeture de 14 des 58 réacteurs nucléaires français d’ici 2035 afin de réduire la part de l’atome à 50 % du mix électrique, et l’investissement de 7 à 8 milliards d’euros par an dans les énergies renouvelables. Le but : multiplier par trois la production d’éolien terrestre et par cinq celle de photovoltaïque d’ici 2030. Le 22 novembre, le ministre de l’Écologie François de Rugy avait déjà rappelé l’un des objectifs de la PPE à cet horizon : atteindre 40 % de la production électrique issue des énergies renouvelables. Une ambition conforme à la loi de transition énergétique du 17 août 2015, qui implique une production d’éolien terrestre doublée entre 2016 et 2023 (+86 à 122 %) et de photovoltaïque quasiment triplée sur cette période (+171 à 201 %). « Nous concentrons nos efforts sur le développement des énergies renouvelables les plus compétitives, et parce que nous veillons au pouvoir d’achat des Français, nous serons exigeants avec les professionnels sur la baisse des coûts, a expliqué le chef de l’État. La montée en puissance des énergies renouvelables en France est inéluctable. […] Nous devons nous désintoxiquer des énergies fossiles [et]passer d’une France où 75 % de l’énergie consommée est d’origine fossile à 2050 à une production et consommation totalement décarbonée. »

Reste à savoir comment le gouvernement compte s’y prendre pour atteindre ces objectifs ambitieux. Car dans les faits, les contraintes sont encore nombreuses en France pour développer les énergies vertes. Depuis 2010, les travaux de raccordement au réseau électrique n’incombent ainsi plus à Enedis mais aux producteurs d’énergies, ce qui aurait pour effet de dissuader 30 à 40 % des porteurs de projets dans le photovoltaïque, selon un rapport du CLER (Réseau pour la transition énergétique) publié en novembre 2017. Mais c’est surtout la complexité du dispositif légal et réglementaire français qui ralentirait la progression des énergies renouvelables. D’après cette étude, 90 % des projets seraient ainsi jugés non conformes par l’Architecte des bâtiments de France (ABF). Et même en cas de feu vert, les procédures d’attribution de marchés peuvent prendre entre un et cinq ans, des délais à rallonge qui condamnent tout espoir de rentabilité. Dans l’éolien, le manque de disponibilité de sites exempts de contraintes réglementaires serait particulièrement en cause, selon les experts du CLER. Outre le classement au titre du patrimoine national, près de la moitié (47 %) du territoire serait aujourd’hui interdit pour des raisons militaires (zones VOLTAC, STEBA, de protection des radars), contre seulement 15,7 % en 2013. Une proportion qui pourrait même être portée à 86 % à en croire les recommandations les plus strictes de l’Armée de l’air…

L’éolien à bout de souffle

« En France, les délais de réalisation des projets d’énergie renouvelable – notamment éoliens – sont plus longs que dans de nombreux pays étrangers, en particulier en raison de la durée des recours. Le gouvernement a reconnu cette difficulté. » reconnaît Xavier Girre, Directeur exécutif groupe en charge de la direction financière chez EDF. En effet, le constat dans la filière éolienne est sans appel : près de 70 % des autorisations délivrées feraient l’objet de recours devant les tribunaux administratifs, provoquant un allongement d’une durée moyenne de sept à neuf ans pour les projets français, contre trois à quatre ans en Allemagne d’après les conclusions publiées en janvier 2018 par le groupe de travail du ministère de la transition écologique et solidaire. « Aujourd’hui, nous sommes à 15 GW installés […] donc relativement loin du compte », constate Charles Lhermitte, vice-président de l’association France Énergie Éolienne, à propos de l’éolien terrestre. Il faut dire que la fronde anti-éolienne est encore vive dans le pays, où des associations de lutte contre les projets éoliens naîtraient presque chaque semaine, selon la Fédération environnementale durable (FED). Quant à l’éolien maritime, il serait quasiment au point mort, là aussi à cause de délais interminables. « Il y a une énorme inquiétude de la profession quant aux objectifs pour l’offshore, surtout en termes de délais, reprend Charles Lhermitte. C’est à dire qu’aujourd’hui, il y a des volumes lauréats qui sont significatifs, mais nous n’avons toujours pas de perspectives pour la mise en construction de tous ces dossiers. Alors que nous sommes très en retard, nous redoutons que le glissement des délais se poursuive et que les réalisations des projets n’interviennent que bien plus tard. »

Les solutions concrètes ne manquent pourtant pas pour augmenter la part des énergies renouvelables dans le paysage énergétique français, à en croire les rapports du CLER et du groupe de travail ministériel. Leurs conclusions invitent principalement à simplifier les procédures, notamment en assouplissant les contraintes militaires pour l’éolien et en communiquant plus en amont avec les instances concernées. L’accompagnement des porteurs de projets, en particulier dans les zones rurales, fait également partie des moyens identifiés pour développer la filière éolienne, tout comme la hausse de la part fiscale revenant aux communes d’implantation. En attendant que les freins à l’essor des énergies vertes soient peu à peu levés, la nouvelle PPE présentée mardi 27 novembre n’a toujours pas permis de résoudre l’équation de la décarbonation et de la dénucléarisation promises par le gouvernement. Si le lent développement des EnR doit permettre à terme de verdir le mix énergétique français, la diminution programmée de la part du nucléaire aura l’effet contraire, l’atome produisant une électricité décarbonée à plus de 95 %, et ce alors que les émissions de gaz à effet de serre sont déjà reparties à la hausse en France ces deux dernières années.

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