Inondations : la sûreté des centrales électriques est-elle assurée ?

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Alors qu’une partie de la France a toujours les pieds dans l’eau (11 départements étaient encore en vigilance orange aux abords de la Seine et de ses affluents vendredi 02 février 2018), la décrue s’annonce lente et difficile. Chaque année ces phénomènes naturels sont causés par la pluie, la fonte des neiges ou la concomitance des deux. Une période de l’année qui oblige les communes et les sites de production d’électricité comme ceux d’EDF à déployer des mesures préventives pour assurer la sûreté des installations électriques et limiter la hausse des cours d’eau sur leurs activités.

Une anticipation permanente des phénomènes météorologiques

Alors que la Seine avait entamée sa décrue lundi 29 janvier, une nouvelle hausse du fleuve est attendue dans capitale française pour le week-end du 3-4 février 2018. Dans les territoires, 11 départements sont toujours en état d’alerte orange dont les Yvelines, le Val-d’Oise ou la Seine-et-Marne, en aval de la capitale. La montée des eaux a été cette année plus lente que celle de juin 2016 et mettra logiquement plus de temps à se retirer. Il s’agit ici principalement de crues fluviales, provoquées par de fortes précipitations qui ont affecté les cours d’eau les plus importants des bassins versants, et se caractérisent par une montée des eaux progressive. Principalement saisonnières, elles s’opposent aux crues torrentielles dont le caractère soudain est lié le plus souvent à des pluies violentes et localisées.

Pour anticiper de tels phénomènes et limiter les dommages, plusieurs communes effectuent déjà des travaux de croisement de données basés sur les hauteurs de crues, les documents historiques, les témoignages de riverains, les relevés topographiques, et les analyses des études établies depuis 30 ans. Ces travaux devraient permettre à terme d’établir des plans d’anticipation efficients de la montée des eaux et une modélisation des crues en cas de débordements, de réfléchir aux aménagements les plus appropriés, en fonction de leur rapport coût efficacité, et d’entretenir auprès des populations une culture de risque et de prévention des crues intimement liée à ces territoires.

De son côté, le groupe EDF met en place des conditions d’exploitation spécifiques en période de crue. Les sites sont mobilisés 7 jours/7 et 24h/24 pour adapter en permanence la gestion des aménagements aux phénomènes météorologiques et aux volumes d’eau liés à la crue afin de préserver les installations de toute menace et ne pas perturber la production d’électricité. L’énergéticien français est pour cela en lien permanent avec Météo France, les services régionaux de prévision des crues (SPC) et le Service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations (SCHAPI). Il organise par ailleurs en interne une surveillance opérationnelle des débits des rivières et fleuves sur lesquels sont implantées ses centrales. Cette surveillance hydrométéorologique est assurée par les centres de prévision de la Division Technique Générale (DTG) dont la direction est basée à Grenoble.

Des évacuateurs de crues pour éviter tous risques d’inondation

Une fois les risques d’inondation identifiés, l’exploitant peut selon les cas décider d’agir au préalable afin de prévenir ces risques et de protéger des zones entières d’une éventuelle montée des eaux. Le groupe EDF a mis en place depuis plusieurs années dans les zones sensibles, des dispositifs d’évacuation nouvelle génération optimisant la protection des biens et des personnes situés à l’aval des barrages hydroélectriques. Dans la vallée de l’Ain, sur le barrage des Charmilles par exemple, deux évacuateurs de crue de plus grande capacité ont été installés en 2015 pour un investissement de quatre millions d’euros, et permettent aujourd’hui d’améliorer la sûreté du barrage. L’actualisation des données pluviométriques et de débit sur l’Oignin, avait en effet révélé qu’une crue décamillénale (ayant une probabilité de se produire tous les 10.000 ans), pouvait atteindre jusqu’à 685 m3/seconde de débit, soit un débit possiblement supérieur aux capacités d’évacuation du barrage.

Baptisé « seuil labyrinthe » ou « Piano Key Weirs », ce système d’évacuation peut être construit sur la crête de la plupart des barrages et est dépourvu d’organe mécanique. Il ne nécessite pas de présence humaine et améliore considérablement la fiabilité et la robustesse de fonctionnement des aménagements. Les installations hydrauliques au même titre que les populations avoisinantes sont ainsi protégées des risques de crues extrêmes. A ce jour, plus d’une soixantaine de barrages ont déjà été dotés de ces nouveaux évacuateurs, permettant le passage de débits extrêmes et évitant ainsi des pressions fortes sur les ouvrages.

Des exigences de sûreté renforcées dans le secteur nucléaire

Les centrales nucléaires, sont, compte tenu de leur activité et présence proche d’une rivière ou fleuve, considérées comme des sites particulièrement sensibles. La tempête de 1999 et les crues exceptionnelles du Rhône en 2003 par exemple, étaient venues rappeler l’importance de se prémunir davantage contre les risques d’inondations externes, et ont incité l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à procéder à une réévaluation complète des mesures de protection mises en place sur l’ensemble des centres de production nucléaire de l’Hexagone. Il en a résulté la publication en 2013 du « Guide relatif à la protection des installations nucléaires de base contre les inondations externes », présentant toute une série de recommandations et de mesures de protection plus strictes à mettre en place avant le 31 décembre 2014 dans les centrales existantes.

Si le risque d’inondation a été pris en compte dès la conception des installations, de nombreuses améliorations structurelles de la sûreté ont depuis été mises en œuvre par EDF (rehausse des digues, construction de murets, mise en place d’une protection étanche autour des matériels importants pour la sûreté et moyens mobiles de pompage, etc.). Celles-ci permettent aujourd’hui une meilleure prise en compte du risque d’inondation d’origine externe. Sur le plan organisationnel, le groupe EDF a également mis en place un dispositif d’alerte et des procédures de conduite permettant d’anticiper et gérer les situations d’inondation.

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