« L’artisan est à la croisée de l’art et du nombre »

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Si le secteur de l’artisanat a sauvé les meubles depuis le début de la crise sanitaire, ses nombreux métiers sont parfois boudés par les jeunes actifs. Alors que ces métiers sont pourtant dans l’ADN de véritables champions français, comme LVMH, il y a urgence à les revaloriser pour ne pas assister à la disparition de ces savoir-faire ancestraux et constitutifs de l’excellence à la française.

« L’artisanat, première entreprise de France » : deux ans après les prémisses d’une inédite crise sanitaire, le célèbre slogan est-il toujours d’actualité ? A en croire le réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA), le secteur comptait, en avril 2021, 1,7 millions d’entreprises (soit 200 000 de plus qu’en 2017), faisant travailler 3,1 millions d’actifs – dont près d’un quart (23%) sont des femmes – et pesant quelque 300 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Présent dans des secteurs aussi variés que ceux de la construction, de l’industrie, du service aux ménages, de l’alimentation ou du commerce, l’artisanat couvre, en France, plus de 500 activités différentes. La plupart des entreprises d’artisanat sont des TPE/PME, par essence plus fragiles face aux crises et remous de la conjoncture mondiale.

Pourtant, en dépit d’une crise sanitaire qui s’installe pour durer, « l’artisanat va bien », affirme Joël Fourny, le président du réseau des CMA, selon qui « les artisans ont une activité dense, ils ont été extrêmement résilients et ont su s’adapter » à la crise liée à la pandémie de Covid-19. En témoigne la confiance des entreprises en l’avenir, elles dont plus des trois quarts (77%) estimaient en août dernier que leur activité aller se stabiliser, voire s’améliorer, au cours des temps à venir. Alors que les aides publiques liées à la crise sont appelées à baisser, la vigilance reste cependant de mise, notamment en ce qui concerne les questions de trésorerie, ou encore en matière de recrutement. L’artisanat fait ainsi, à l’image d’autres secteurs comme la restauration ou la coiffure, face à une pénurie de main d’œuvre.

L’artisanat d’art, l’essence du luxe chez LVMH

Les métiers de l’artisanat seraient-ils donc boudés par les Français ? Sans doute sont-ils, comme ceux de l’artisanat d’art, encore trop méconnus et parfois mal identifiés tant par les jeunes et étudiants que par leurs conseillers d’orientation. Raisons pour lesquelles certains grands groupes invitent les Français à (re)découvrir ces métiers. Ainsi de LVMH, dont le PDG, Bernard Arnault, a récemment publié dans Challenges une tribune dans laquelle il rappelle les vertus des métiers de l’artisanat. « L’artisan est à la croisée de l’art et du nombre, de l’inspiration créative et de la rigueur géométrique », résume le président du numéro un mondial du luxe.

LVMH a d’ailleurs fondé en 2014 l’Institut des métiers d’excellence (IME). « C’est surtout des histoires d’artisans », abonde Antoine Arnault, directeur général de Berluti, l’une des 75 « Maisons » de l’empire du luxe : « nous rassemblons plus de 280 savoir-faire, (…) l’art du soulier sur mesure ou de la patine chez Berluti, le losinage chez Louis Vuitton ou le travail du cabochon chez Bulgari. (…) L’artisanat, c’est l’essence du groupe LVMH ». « Ces métiers, relève Chantale Gaemperle, DRH de l’entreprise, ne sont pas assez connus encore, d’où le grand besoin de pédagogie. La crise nous a fait porter un nouveau regard sur leur noblesse, leur côté concret, utile » – autant de valeurs plébiscitées par des actifs et des consommateurs plus que jamais en quête de sens, de local et de durabilité.

Des postes à pourvoir

Orfèvres, bottiers, brodeurs, ennoblisseurs, gantiers, patronniers… : alors que 10 000 places restent vacantes chaque année, de nombreux postes qualifiés attendent donc les aspirants artisans, pour peu qu’ils s’arment de courage pour s’y retrouver parmi les innombrables formations disponibles sur le marché. Il y a urgence : « si l’on ne fait rien maintenant, met en garde Bénédicte Epinay, la présidente du Comité Colbert, le porte-parole du luxe tricolore, dans dix ans, nous n’aurons plus de métiers d’art en France ». Un sujet qui, conjuguant formation professionnelle et patriotisme économique, ne devrait pas manquer de s’inviter dans la campagne présidentielle.

 

 

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