RDC : BGFIBank veut bancariser les populations

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Malgré un net rattrapage ces dix dernières années, l’Afrique subsaharienne conserve le plus bas taux de bancarisation au monde, et l’Afrique centrale est particulièrement en retard. Cet accès limité aux services bancaires freine le développement économique et l’inclusion sociale. Le développement massif du mobile banking a facilité la bancarisation, faisant des opérateurs téléphoniques comme Orange des agents majeurs de cette évolution. Mais des efforts de sensibilisation, ou des initiatives comme la « carte salaire », portée par BGFIBank RDC, principal acteur bancaire du pays, restent nécessaires.

L’Afrique centrale, parent pauvre de la bancarisation

Le faible accès aux services bancaires est une épine dans le pied de l’Afrique subsaharienne, en particulier dans la zone de l’Afrique centrale. Cette zone est historiquement la plus faiblement bancarisée du continent : en 2011, elle ne comptait que 19 % de son PIB pris en charge par le secteur bancaire, et, avec 20 milliards de dollars d’actifs, ne pesait que 2 % du total de l’Afrique.

Le défaut de bancarisation est un véritable fléau. Il ralentit le développement économique des pays, en freinant les interactions entre les différents acteurs. Sans accès aux services bancaires de base, difficile d’épargner ou d’emprunter, ou même de transférer de l’argent, et impossible de créer une entreprise. Une faible bancarisation facilite aussi le maintien d’une économie informelle, d’emplois non déclarés et de corruption. Au-delà, la bancarisation est une composante-clé de l’inclusion sociale, souvent nécessaire pour bénéficier de services de base comme l’emploi, la santé, le logement ou l’éducation.

Des progrès notables

En dix ans, la situation s’est toutefois améliorée. Les dernières données de la CEMAC indiquent que la bancarisation de la population active d’Afrique centrale approchait les 50 % en 2021, en très nette progression, surtout depuis 2014 où ce taux n’atteignait pas 15 %. Il restait certes légèrement sous la moyenne de l’Afrique subsaharienne, mais dépassait pour la première fois celui de l’Afrique de l’Ouest.

Cette évolution a été facilitée par le développement de solutions alternatives aux comptes en banque classiques, comme les institutions de micro-finances ou, surtout, le mobile banking. Ces services bancaires, pour lesquels le smartphone sert de carte bancaire virtuelle sécurisée, se sont largement imposés en Afrique subsaharienne, notamment dans les zones rurales. En 2019, la zone comptait ainsi 469 millions de comptes de mobile banking, dont 181 millions actifs. Un chiffre considérable, à mettre en perspective avec la population totale de l’Afrique subsaharienne (1,12 milliard) et surtout avec la population active (430 millions) à cette date.

Cette tendance a fait des opérateurs téléphoniques des acteurs majeurs de la bancarisation de la région. C’est le cas d’Orange, qui entend moderniser son réseau mobile en Afrique centrale, avec le récent début du déploiement d’un réseau 5G en RDC, une qualité de connexion optimale favorisant le développement du mobile banking.

Rapprocher la population des comptes classiques

Le mobile banking ne peut toutefois être la solution unique pour assurer l’accès aux services bancaires. En 2022, le Congolais André Mialou, économiste au Fonds monétaire international (FMI), soulignait, à propos de la zone CEMAC, « qu’une augmentation rapide de l’accès aux services financiers pourrait entraîner une instabilité financière si elle n’est pas suivie d’une réglementation appropriée ». Il recommande d’accompagner le mobile banking « de réglementations adéquates permettant de surveiller l’exposition des fonds des clients aux risques de défaut et de liquidité ».

Il rappelait aussi que, malgré les progrès, l’Afrique centrale accusait encore une faible utilisation des services financiers de base. La couverture géographique bancaire y reste limitée à 2,1 agences et 3 distributeurs de billets pour 100 000 habitants — contre une moyenne de 19,6 distributeurs pour 100 000 habitants dans les pays en développement. Conséquence logique : 2,5 % seulement de la population adulte d’Afrique centrale a accès au crédit, contre 6 % dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne.

Les comptes bancaires classiques, globalement plus sûrs et donnant accès plus facilement à d’autres services (crédit, épargne, assurance…) doivent donc reprendre leur place d’acteurs majeurs de l’inclusion financière de l’Afrique centrale. Des initiatives existent pour rapprocher les citoyens des banques, en conservant la fluidité du mobile banking.

BGFIBank RDC, premier acteur bancaire du pays, lance sa Carte Salaire

C’est par exemple le cas des cartes de salaires prépayées, rechargées tous les mois par un employeur, et pouvant être utilisées par le salarié pour payer ou effectuer des retraits. En juin 2023, BGFIBank de RDC a ainsi lancé une offre de « carte Salaire » à l’intention de ses clients particuliers, permettant d’effectuer des retraits sur tout le réseau des distributeurs de billets de BGFIBank RDC. L’offre se décline en deux versions, une carte « Prépayée » pour les employés non bancarisés et une carte « Débit » pour les bancarisés. Cette innovation s’inscrit dans la « stratégie d’amélioration continue » de BGFIBank RDC, visant à assurer « une qualité de service conforme aux normes internationales ». Elle vise aussi à rapprocher les salariés non bancarisés d’une banque classique, afin de leur offrir les services afférents.

Plus globalement, un accompagnement plus personnalisé et une politique d’éducation aux services bancaires semblent nécessaires à l’Afrique centrale. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) des Nations unies mène par exemple de nombreuses campagnes d’éducation financière dans les pays en développement, notamment en Afrique centrale, pour assurer sensibilisation et formation à ces problématiques.

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