Marchés asiatiques sous pression : Séoul décroche lourdement, l’ombre d’une bulle de l’IA inquiète les investisseurs

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Un vent de nervosité a soufflé sur les marchés asiatiques ce lundi matin. En première ligne, la place de Séoul a enregistré une chute brutale, dans un mouvement de repli généralisé qui touche aussi bien les actions que les matières premières. En toile de fond, les investisseurs s’inquiètent d’un possible emballement autour de l’intelligence artificielle et scrutent de près les signaux envoyés par la politique monétaire américaine.

La séance a été particulièrement difficile pour la place sud-coréenne. Vers 5 h 30, heure de Paris, la Bourse de Séoul accusait un net décrochage, avec un indice Kospi en recul de plus de 5 %. La baisse a été largement alimentée par les valeurs technologiques, très exposées aux attentes liées à l’intelligence artificielle.

Parmi les poids lourds du marché, le groupe sud-coréen Samsung Electronics cédait près de 4 %, tandis que SK hynix, acteur majeur des semi-conducteurs pour les centres de données et l’IA, plongeait de près de 8 %.

Le mouvement de défiance ne s’est toutefois pas limité à la Corée du Sud. À Tokyo, l’indice Nikkei évoluait en territoire négatif en début de séance européenne, tout comme les marchés de Taipei et de Sydney. La place de Hong Kong affichait également un repli marqué, tandis que Jakarta se distinguait par une chute particulièrement prononcée.

Dans ce contexte de repli généralisé, le marché des changes envoyait lui aussi un signal de prudence. Le yen poursuivait sa glissade face au dollar américain, le billet vert se négociant à un niveau proche de 155 yens, ce qui traduit la persistance d’un différentiel de politique monétaire entre le Japon et les États-Unis.

La nervosité s’est étendue aux marchés de l’énergie. Les cours du pétrole ont nettement reculé au cours des échanges asiatiques, à la suite des déclarations du président américain Donald Trump, qui s’est dit prêt à rechercher un accord avec l’Iran, tout en maintenant la menace d’une intervention militaire.

Dans ce climat d’incertitude géopolitique, le baril de brut américain WTI comme le Brent de la mer du Nord ont cédé plus de 4 % en quelques heures. Les investisseurs ont interprété ces prises de position comme un facteur susceptible de modifier l’équilibre des tensions au Moyen-Orient et, à terme, les perspectives d’offre sur le marché pétrolier.

Fait plus surprenant, les métaux précieux, traditionnellement considérés comme des valeurs refuges en période de turbulences, ont eux aussi subi une forte correction. L’argent a enregistré une chute brutale dès l’ouverture des échanges, avant de limiter ses pertes, tandis que l’or s’inscrivait également en repli. Ce mouvement traduit davantage des prises de bénéfices rapides que la remise en cause du rôle protecteur de ces actifs sur le long terme.

Deux éléments principaux expliquent, selon les analystes, la nervosité observée sur les marchés asiatiques.

Le premier concerne le secteur de l’intelligence artificielle. Les craintes d’une bulle spéculative ont été ravivées la semaine dernière après l’annonce par Microsoft d’un nouvel effort massif d’investissement dans les infrastructures dédiées à l’IA. Cette accélération alimente les interrogations sur la rentabilité réelle, à court et moyen terme, de ces dépenses colossales.

Durant le week-end, le The Wall Street Journal a également évoqué des incertitudes entourant la mise en œuvre concrète d’un vaste projet d’investissement impliquant Nvidia et OpenAI. Des doutes qui ont renforcé le sentiment que les valorisations du secteur pourraient avoir pris une avance excessive sur la réalité industrielle et commerciale.

Le second facteur de fragilité provient de la politique monétaire américaine. Le président des États-Unis a récemment fait connaître sa préférence pour Kevin Warsh afin de succéder, à l’issue de son mandat, à l’actuel président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, à la tête de la Federal Reserve.

Si cette annonce a plutôt rassuré les marchés quant au maintien de l’indépendance de l’institution monétaire américaine, elle a en revanche modifié les anticipations concernant l’évolution des taux d’intérêt. Pour les investisseurs, ce candidat est perçu comme moins enclin à accélérer les baisses de taux que ce qui avait été espéré ces derniers mois.

« Les opérateurs considèrent ce profil comme plus strict que prévu, ce qui alimente la crainte d’un ralentissement du rythme des assouplissements monétaires », explique à l’AFP Keita Yamaguchi, analyste au sein de la société japonaise Monex Group.

Dans un environnement où les marchés mondiaux restent très dépendants des perspectives de taux américains et des promesses de croissance liées à l’intelligence artificielle, la moindre incertitude se traduit désormais par des mouvements de correction rapides. La séance de ce lundi en Asie en offre une illustration particulièrement brutale.

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