Le bâtiment pèse désormais 37 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre
Les Nations unies alertent sur l’explosion de l’empreinte environnementale du secteur du bâtiment, portée par l’urbanisation accélérée et la multiplication des constructions dans les pays émergents. Malgré des progrès en matière d’efficacité énergétique, les émissions et la consommation d’énergie continuent d’augmenter à un rythme jugé incompatible avec les objectifs climatiques mondiaux.
Une urbanisation mondiale qui s’accélère
Le monde construit aujourd’hui à une vitesse vertigineuse. Selon le dernier rapport publié par le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) et l’Alliance mondiale pour les bâtiments et la construction, près de 12,7 millions de mètres carrés de surface de plancher sont édifiés chaque jour à travers la planète.
À ce rythme, l’équivalent de la superficie bâtie de Paris est ajouté pratiquement chaque semaine.
Depuis 2015, la surface construite mondiale a progressé de 20 %, portée principalement par la forte croissance démographique et le développement urbain dans des pays comme l’Inde ou plusieurs États d’Asie du Sud-Est.
Mais cette expansion massive du parc immobilier mondial inquiète de plus en plus les experts climatiques.
Le secteur du bâtiment, géant climatique mondial
Le poids environnemental du BTP atteint désormais des niveaux considérables. Construction et usage des bâtiments réunis représentent à eux seuls 37 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon les Nations unies.
Le secteur absorbe également près de la moitié des matériaux extraits dans le monde et représente 28 % de la consommation énergétique mondiale.
Le problème ne vient pas uniquement du fonctionnement des bâtiments, mais aussi des matériaux utilisés pour les construire. Le ciment, l’acier et l’aluminium figurent parmi les industries les plus émettrices de CO₂ au monde.
À eux seuls, ces matériaux ont représenté environ 9 % des émissions mondiales en 2024, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie.
Des émissions toujours en hausse
Malgré les progrès technologiques réalisés ces dernières années, les émissions liées aux bâtiments continuent d’augmenter.
Les émissions générées pendant l’usage des bâtiments — chauffage, climatisation, éclairage ou eau chaude — ont atteint près de 10 milliards de tonnes de CO₂ en 2024.
Depuis 2015, elles ont progressé de 6,5 %, tandis que la consommation énergétique globale du secteur a augmenté de 11 %.
L’étalement urbain explique en grande partie cette hausse. Plus les villes s’étendent, plus les besoins énergétiques augmentent, notamment pour le transport, le chauffage ou la climatisation.
Les bâtiments résidentiels concentrent à eux seuls environ 70 % de la demande énergétique du secteur.
Des gains d’efficacité insuffisants
Le rapport souligne malgré tout certains progrès. La consommation d’énergie par mètre carré a diminué d’environ 8,5 % au niveau mondial grâce à des bâtiments mieux isolés et à des équipements plus performants.
Sans ces améliorations, la hausse de la consommation énergétique aurait été bien plus importante.
Mais pour les Nations unies, ces avancées restent insuffisantes face au rythme actuel de construction. Depuis 2020, les efforts de transition écologique ralentissent alors que la demande immobilière continue d’exploser.
Les experts estiment que le secteur reste encore très loin d’une trajectoire compatible avec la neutralité carbone d’ici 2050.
La rénovation des bâtiments devient prioritaire
Face à cette situation, les Nations unies appellent les gouvernements à accélérer massivement la rénovation énergétique des bâtiments existants.
L’objectif consiste notamment à réduire d’au moins 25 % la consommation d’énergie par mètre carré d’ici 2030.
Les experts plaident également pour une utilisation plus stratégique de la commande publique afin de favoriser les matériaux bas carbone et les solutions de construction plus durables.
Le financement constitue toutefois un défi colossal. Selon le rapport, les investissements mondiaux dans l’efficacité énergétique des bâtiments devront atteindre 3 600 milliards de dollars d’ici 2030 pour respecter les objectifs climatiques internationaux.
En 2024, ces investissements s’élevaient à environ 275 milliards de dollars, un montant en hausse mais encore très éloigné des besoins identifiés.
Pour les Nations unies, sans accélération rapide de la transition du secteur du bâtiment, les objectifs climatiques mondiaux risquent désormais de devenir inatteignables.
