Pollution de l’air : les mots ne suffisent plus face à l’urgence de la situation

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La qualité de vie reste insatisfaisante en France, où de trop nombreux citoyens sont exposés à la pollution atmosphérique, intérieure et lumineuse – avec des conséquences souvent néfastes pour la santé. Des initiatives se développent toutefois afin d’accompagner les pouvoirs publics et les entreprises dans la lutte contre la pollution de l’air.

La France épinglée pour sa qualité de l’air

La France s’est une nouvelle fois fait épingler pour la qualité de l’air dans plusieurs de ses villes. La pollution à l’ozone, au dioxyde d’azote et aux particules fines (PM) émises principalement par le trafic routier (60 %), mais aussi le chauffage. Elle risque de comparaitre le pays devant la justice européenne, après des appels répétés du commissaire européen à l’environnement, Karmenu Vella, sur la qualité de l’air dans ses grandes villes. L’exécutif européen souligne en effet que la mauvaise qualité de l’air est responsable d’inflammations des poumons, de maladies cardio-vasculaires et respiratoires, et parfois de cancers.

Mardi 27 mars 2018, le Réseau Action Climat – un groupe d’ONG et médecins – ont exprimé de nouvelles inquiétudes sur la qualité de l’air hexagonal. Ces derniers étaient vent debout contre le « manque d’ambition » de la politique nationale – et ce d’autant que le Conseil d’État a sommé le gouvernement de prendre des mesures en juillet 2017, des appels restés pour l’heure sans réponse. « À quelques jours de cette date limite, on a voulu unir nos voix pour rappeler l’urgence d’agir et avoir des plans d’action à la hauteur des enjeux », a souligné Lorelei Limousin, responsable transports au Réseau Action Climat (RAC).

Le RAC, Greenpeace et les Amis de la Terre, notamment, ont proposé une liste de « mesures concrètes et indispensables ». Celles-ci comprennent « l’abandon des grands projets routiers, le financement des transports alternatifs (vélo, transports en commun), l’interdiction des véhicules diesel et essence dans certaines parties des agglomérations les plus polluées d’ici 2025 » ou encore la mise en œuvre d’une « fiscalité écologique » dissuasive dans le transport routier de marchandises. Ces appels concernent 13 zones, notamment Marseille, Lyon, Strasbourg, Toulouse ou la Martinique, mais nulle part l’urgence de la situation n’est mieux illustrée que dans le bassin parisien.

AirParif, l’association chargée de la surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France a souligné dans son dernier rapport que la qualité de l’air s’est légèrement améliorée par rapport à 2016, grâce notamment à des conditions météorologiques plus favorables à la dispersion des polluants dans l’air. Elle souligne que l’Ile-de-France ne respecte toutefois toujours pas certains seuils limites fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « On est un peu comme un mauvais élève dont la note serait passée de 8 à 9/20. On peut se féliciter d’avoir augmenté nos résultats… ou rappeler qu’on n’a toujours pas la moyenne », conclut l’association.

La pollution lumineuse en France

Le gouvernement est également mis sous pression par le Conseil d’État concernant la lutte contre la pollution lumineuse. Selon l’arrêt de ce dernier, « le ministre de la Transition écologique et solidaire est enjoint d’édicter ces arrêtés dans un délai de neuf mois ». Il demande une optimisation de la puissance lumineuse moyenne, de l’efficacité lumineuse des sources utilisées et des heures de fonctionnement. En cause, les conséquences potentiellement graves d’une surexposition à la lumière artificielle, qui peut « modifier notre rythme circadien, notre horloge biologique, et inhiber la production de mélatonine, sécrétée seulement la nuit », souligne Patrice Bourgin, chercheur au CNRS.

Ces perturbations sont lourdes de conséquences : troubles du sommeil, dépression, obésité… Plus inquiétant encore, en 2011, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) et l’Anses ont identifié la pollution lumineuse comme un facteur de risque probable de cancer humain et d’après une étude de Harvard, des taux de mélatonine bas sont associés à un risque de diabète multiplié par 2,17. En outre, des ONG ont fait valoir que les nuisances liées à la lumière ont un impact sur l’environnement et la biodiversité, mais également les conséquences en termes énergétiques – alourdissant à terme notre emprunte carbone, et contribuant à la pollution de l’air.

Pollution de l’air intérieur : de nouvelles révélations inquiétantes

La pollution ne concerne toutefois pas uniquement l’air de nos rues. Les domiciles des Français sont eux aussi exposés à des risques. Une étude publiée début mars 2018 identifie, en effet, pas moins de 59 substances toxiques retrouvées dans les moquettes vendues dans l’Union européenne. Ils agissent comme perturbateurs endocriniens, peuvent être cancérogènes, alors que d’autres composés – les phtalates (des composés chimiques dérivés de l’acide phtalique) – ont été mis en cause dans des maladies graves, des troubles de l’apprentissage ou de la fertilité. Un constat alarmant quand on sait que les Français passent en moyenne 80% de leur temps en intérieur.

« C’est réellement inquiétant pour les bébés, souvent à quatre pattes sur les moquettes d’appartement et qui, par conséquent, inhalent ou parfois ingèrent ces fibres », indique la responsable santé et environnement de WECF. Yannick Ainouche, rappelle quant à lui qu’on décompte « environ 20 000 décès prématurés par an directement liés à l’air intérieur ». Pour le PDG du réseau de diagnostic immobilier EX’IM, il est essentiel « d’ouvrir les fenêtres pendant quinze minutes une fois par jour ». « C’est très important », souligne-t-il, « aujourd’hui 47% des logements sont mal aérés. L’air ne circule pas. ». Mais là encore, les rapports sur la mauvaise qualité de l’air extérieur n’aident pas.

Le secteur résidentiel : un acteur clé

Si la circulation est souvent montrée du doigt pour expliquer la pollution atmosphérique dans nos villes, le secteur résidentiel joue lui aussi un rôle important. Aussi, un des moyens de réduire les risques de santé liés à la mauvaise qualité de l’air sont les innovations dans les modes de chauffage. En plus de sa contribution à la pollution de l’atmosphère, ce secteur contribue aussi à la pollution de l’air intérieur. Ce phénomène méconnu du grand public tuerait chaque année 4,3 millions de personnes dans le monde, selon l’OMS – soit trois fois plus que le SIDA, la tuberculose et le paludisme réunis.

Selon l’édition 2017 du dossier « Ménages et environnement » publiée en octobre par le Commissariat général au développement durable, l’augmentation de la population et de la surface moyenne des logements a aussi contribué à accroître les émissions en France. Mais la tendance serait en train de s’inverser. Les rejets de C02 liés au chauffage résidentiel, première cause de pollution dans le secteur domestique, ont de fait baissé de 3% entre 1995 et 2012, d’après le rapport. La consommation liée au chauffage a elle aussi diminué de (-2 %) entre 1985 et 2012, contre une augmentation de 10 % de la consommation finale d’énergie dans le secteur résidentiel ces 30 dernières années (de 429 TWh en 1985 on est passés à 472 TWh en 2015).

Cela a été permis par les efforts réalisés en termes de performance énergétique : l’amélioration de l’isolation thermique des logements, l’évolution du mix énergétique (substitution des combustibles par des énergies renouvelables) et l’installation d’équipements moins énergivores, comme des systèmes de chauffage électrique innovants ou des pompes à chaleur ou encore les systèmes électriques connectés qui adaptent le chauffage en fonction des conditions extérieures comme de l’usage intérieur. Ces efforts groupés ont permis une baisse de 20 % des émissions de CO2 dans le secteur résidentiel entre 1990 et 2014.

L’engagement de la ville de Paris

La région parisienne ayant été pointée du doigt comme étant un des épicentres de la pollution en France, la capitale commence à s’engager aussi bien dans la lutte contre la pollution externe qu’interne. Paris&Co, l’agence d’innovation et de développement économique de Paris, a ainsi lancé en partenariat avec AirParif le programme d’expérimentations Qualité de l’Air. Il vise à sélectionner et soutenir des initiatives de dépollution, de réduction à la source, de changement des comportements ou encore d’information du public. Il permettra d’accompagner 10 lauréats – dont les noms ont été présentés le 26 mars 2018.

Parmi les initiatives retenues pour lutter contre la pollution extérieure, on peut citer la vignette connectée qui renseigne en direct sur les émissions du véhicule afin de sensibiliser les conducteurs sur leur capacité à réduire leur empreinte polluante, une solution de dépollution de l’air par biofiltration végétale portée par l’entreprise MVAW ou encore un réseau de microcapteurs low-cost développé par Clarity & Citeos. Ils seront installés sur l’éclairage public afin de mesure la pollution et d’adapter son usage.

Dans le même temps, afin de lutte contre la pollution intérieure, NanoSense développe par exemple des algorithmes de contrôle automatique de la ventilation, du chauffage et de la climatisation pour les habitations. AirLiquide propose quant à lui une technologie de filtration par adsorption des composés organiques volatils, ayant un impact négatif sur la santé, et Air4Kids travaille sur le développement d’un système de ventilation innovant qui vise à améliorer la qualité de l’air dans les établissements d’accueil des jeunes enfants.

 

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